Dépressions phobiques. Insomnies chroniques. Malheur sur l'oreiller, plume sur les draps, mêches de cheveux prises dans la couette. Fémur coincé sous mes hanches,
cubitus pris dans mes côtes. Orbite vide - d'avantage de place pour les pensées tourmentées - tournée vers une porte fermée. Main cadavérique accrochée à la poignée. Os coincé dans la
serrure. La porte s'ouvre... Derrière, je ne sais pas, j'ai peur. L'ampoule clignote, faiblit, s'éteint. Je suis dans le noir. Mes os sont fluorescents, je n'y fais pas attention, l'anorexie est
bien le dernier de mes soucis. Je ne vois rien. J'ai des images plein la tête. Je sens comme un trop-plein...
Que j'oublie tout. Il le faut. Parce que me mettre à nue ne suffit plus, personne n'est foutu de me débarasser des ordures qui me maculent. Je suis sale, et vous m'aimez. Vous croyez que ça m'aide
? Non, ça ne m'aide pas... Alors, pour la première fois, je vous le demande, haïssez-moi.
Mes orbites sont vides, je suis dans le noir, mais, au moins, mon corps accueille toute la tourmente d'un esprit torturé. Elle me sort par les orbites, la tourmente. Et bientôt, elle s'échappera
par vagues d'écumes et par ma bouche, emportant mes sinistres lèvres d'anorexiée névrosée dans un noir sanglot. - restera un trou. Un putain de petit trou.
Ca ne s'arrête pas, jamais. D'abord moi, puis le vide, puis moi, puis le vide, mon pied, osseux, puis le vide, puis moi, puis le vide, puis un pas, puis le vide,
puis moi, moi, moi... C'est rien. Un trou. Rien qu'un putain de trou.

Et me tirer une balle dans la tête, un joli petit trou. Je suis lassée d'attendre mon corps, qui ne se creuse pas. J'en ai
assez de me remplir de déchet. Vide ou mal remplis ? Je déborde de pourriture... s'en est trop... Il faut que je refuse. Que j'arrête de penser à tout ça. Que je tue les monstres dans ma tête. Que
je ferme la porte. Dans un grincement sinistre... Sinistre, oui. Les choses auquelles je pense, cachées derrière un rideau rouge, ne sont pas moins que ça. Je ne les supporte pas, je suis une moins
que rien. Ces choses...
Pogrom de la nuit de cristal. Ca sonne romantique et poétique, une pétale de rose, un bijou hors de prix, une demande énamourée, un couple chaviré, un avenir heureux. Massacre, tuerie, sang,
giclées d'émoglobine, sang sur les mur, sang sur les corps, sang sur les mains d'hommes humains sans scrupules, manipulés, manipûlant, sang calciné, sur des corps calcinés, sang sur le sol, les
tapisseries. Brûlures, rien ne reste, tout part en flamme et en fumée ; s'échappe vers les nuages, s'envole au côté des âmes vers le paradis.
Le reste s'insinue dans les poumons de survivants écoeurés, pourris, contaminés, anorexiés par l'incendie. Pogrom, pogrom, pogrom, la poésie sanglante, la pièce macabre.
Sobibor, corps décharnés, pièces de chaires arrachées. Coeur en lambeaux, en miette, en petit tas, à qui le prend ; rapaces
opportunistes, prisonniers, emprisonnés, gardes, gardés, au garde-à-vous devant la mort. Casquette cachant leurs orbites vides à eux. Massacres, sang, copains sanguinaires. Massacres à
plusieurs, jeux avec les enfants. Qui fera le juif ? Qui fera le nazi ? Heil ! C'est moi, je tue, je mitraille, je poignarde, et je fais péter les conventions à coup d'obus. Pour le changement,
pour la gloire, pour la race, tuons nos semblables, tuons les humains, saleté d'européen, d'asiatiques, d'africains, d'américains ou de bolchéviques. Rien ne vaut la race, pas même la plaisir
ressenti lors des massacre. Pas même le dégoût de soi-même. Dégoûtant, corps mis-à-nu, et sous ses boutons en matière humaine, il n'y a qu'un corps humain qui souffre, habité par le démon nazi.
La passion du diktat, le masochisme ultime. Je souffre, j'ai mal, je tue, je suis tué ; mort en masochiste, mort pour la patrie, mort pour le Führer, mort parmis tant d'autre. Sobibor, on
t'adore, Sobibor, ya pas plus fort, Sobibor, jusqu'à la mort ! Oui, oui, oui, et on creuse, et on brûle, et le feu ravage tout, les rideaux brûlent, la scêne crâme. Les pantins finissent
calcinés, les marionnetistes s'enfuient.

On les retrouvent en ville, à mattraquer dans les ruelles les juifs qui osent sortir de jour - ou ceux qui commettent l'erreur
de sortir de nuit. Juifs, malades mentaux, malformés, tous boucs-émissaires. Quelle différence ? Quelles différences ? Bras en plus, ématômes au visage, personne de plus dans la tête, bras cassé,
homosexuel, oeil au beurre noir, et tout tourne, la moyonnaise prend, le chef d'oeuvre est exposé : le monde n'est qu'une grande toile déchirée par la fureur, la folie furieuse d'homme plus fous
que les executés. Par des hommes guidés par une masse de foliots endiablés. Tous persécutés, tous victimes du dictat. Tous acteurs d'une immense comédie... On ne ressort pas indemne de ce jeux,
comme les enfants de Sobibor. Lynchages, coup de pierre, coup de pied, ça fend le coeur, et le corps s'en va... Tombe à terre, roule, dans un trou. On finit tous dans un trou, le visage arraché à
coup de ciseaux, à la peau découpée à coup de couteau. On fait du savon, on extermine. Vermine. Au trou.
Saleté de fascites, pauvreté du peuple, manger des rats, manger de la terre, finir par y habiter, et être rongeur parmis tant d'autres. Canines à la longueur exacerbée, croquer les cadavres,
croque-mort, jeter les autres en pature à d'autres, jeter tous ces corps au cimetière. Au final, on crève tous. C'est ce qu'il est inscrit. Doux synopsis d'un film qui passe en boucle derrière
cette putain de porte... Putain de saletés de fascistes. Qu'ils meurent tous ;

Qu'on décide de ceux qui sont mals, de ceux qui sont bien, des fondamentaux de la bonté. Tuer les mauvais, extermation, vermine,
extermine, domine, pratique affreusement cruelle, et cruauté sans pareille. Camps d'extermination, Sobibor, ouverture nouvelle, le rideau se lèvre, le film recommence... Ca ne suffit pas, ça ne se
finit pas, ça n'a jamais de fin... L'horreur est universellement éternelle. L'horreur est humaine. L'horreur est énorme. Trop plein... Elle s'insinue dans mon corps.
J'en rève la nuit. Coup de feux, obus tombant par rangées sur une terre déjà dévastée. Couche de cadavres. Cadavres à profusion, sang à la demande, et obus tombant du ciel... Ou est l'intervention
divine ? La terre est projetée partout, elle m'enlise, m'enterre, me remplit. Trop plein...
L'horreur s'insinue dans mon corps tout entier. Il n'y a plus rien à faire, rien que de devenir, moi aussi, l'un de ces pantins destiné à tuer d'autre gens ; puis, peut-être, le marionnestiste. Et
tuer des gens. Puis enfin crever. On crèvera tous. Nous ne somme que des poupées fourrées de terre brune... Nos poumons sentent la fumée. Nous brûlons tous, incinérés. Four crématoires. Je veux
être incinérée par solicitude ? Enterrée pour être comme tout les autres. Pour céder à la facilité. Moi aussi je ne suis qu'une poupée fourrée de terre, et j'hinnale à longueur de journée de la
fumée. J'aimerais varier un peu, pour une fois. Devenir une poupée fourrée de fumée, n'être qu'un fin voile, me nourrire de cigarette, et respirer de la terre, sniffer de la cocaïne toute la
journée.
Je serais pleine. Sauf que, moi
Mon coeur sent le renfermé.
Tous les soirs, à pleurer sur mon oreiller, à me regarder dans la glace, à me demander pourquoi je vis obèse alors que d'autres
utilisent leur terre pour être enterré vivant. S'exploser les entraille. Je me demande pourquoi je vis, alors que d'autre utilise la fumée pour s'asphyxier. S'exploser la tronche. Stone tous les
matins. Bonjour, bonsoir. Je m'en vais pleurer. Et au petit matin, lorsque mes larmes auront imbibé mon corps d'une boue tiédasse marron dégueulasse, je regarderai mes cheveux tomber, mes plume
s'envoler, en me demandant, putain de dieu, mais qu'est-ce que je fous là ?
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