En hommage à mes gardiens, qui se dévouent corps et âme pour moi.


Les compatibilités et incompatibilités avec la maladie régissent ma vie. Elles me dominent. Peut-on définitivement avoir des amis ? Une famille ? Une richesse ? Du bonheur ? Lorsque l'on se suicide à petit feu, lorsqu'on est anorexique... Mon plus grand bonheur au milieu de ces questions sans réponses est de me perdre dans le noir, de fermer les rideaux pourpres de mon appartement hors de prix et de faire de la patinette à l'intérieur. Je sombre dans la folie, je me déshabille, je fais de la patinette, hurlant aux proxénêtes et aux pédophiles au milieu de mon salon. Dans un coin de la pièce, deux paires d'yeux attentifs, résignés, amusés et torturés me regardent ; mes gardiens sombrent avec moi dans la folie. Ces anges m'accompagnent dans ma descente pour amortir ma chute. Ces êtres humains faits de chairs et de sang, sont aussi faits pour ça...
Un jour, ils ont même essayé de me tirer du gouffre de l'anorexie et de me sauver. Ils ont renoncé bien vite ! Et pourtant, ils sont toujours là - tellement pratiques. Ils sont faits pour ça, faits pour moi...
Pour une anorexique, c'est grisant, de se voir accorder des sensations uniques. Un peu trop peut-être. On s'imagine un savoir faire qu'on a pas, et lorsque l'on se retrouve un samedi matin dans les bras d'un bel homme tandis qu'une de vos meilleurs amies - votre seconde gardienne - toque à la porte pour vous réveiller d'une nuit que vous devriez avoir passé à dormir, on est un peu dépassée.
On se rabille rapidement sans réflechir.
- Et rien au monde, oh, rien, après une nuit de délices n'est meilleur que de ramasser un à un ses habits taillés 34, ses sous-vêtements minuscules (si encore il y en a) et de croiser le reflet de son corps nu et parfait dans le miroire... -
On a perdu sa virginité, mais, pas d'inquiétude, les gardiens seront là pour tout ratrapper. La gardienne castrera le jeune homme et le gardien m'emportera sous son aile sans même me sermonner. C'est un jeux, c'est pratique, un doux supplice mutuel que nous entretenons, entre anorexique et gardiens. Ils s'occupent de moi mieux que je ne m'occupe de moi. Ils sont vraiment pratique, ces amis, ces gardiens, mais après tout, ils sont fait pour ça...
Mieux encore, pire encore, plus loin encore dans le chemin de l'excédant et de la folie, mes gardiens régissent ma vie. Le premier a des airs de psychopathes ; il est grand, blond aux yeux bleus. Il a le teint clair, le poil drû, une petite moustache qu'il rase pour sa conquête actuelle, qu'il aime passionément. Je suis parfois si mutine que je l'appel la nuit de leur rendez-vous, lui déclarant ouvertement que je vais vomir pour le punir d'avoir partagé son amour entre moi et cet autre, pour le faire culpabiliser, pour lui faire du mal et me faire du bien. D'ailleurs, je lui déclare d'emblée et à la suite que je vais lui vomir dessus. Je m'execute.
- Réfléchissez à deux fois, avant de ne vous lier d'amitié avec une anorexique. Elle vous fera du mal. -
J'ai ridiculisé et injustement punis l'un de mes gardiens - han ! Et je m'en vante. Je suis une véritable petite garce, passons au suivant. C'est une femme, un peu maigre, le visage recouvert d'acné à cause de la malnutrition. Si ses vêtements sont pauvres, ils sont egalement évoquateurs et sexy. Je lui demande une glace. La jeune femme soupire et sourit, elle retire son gilet, et elle s'avance dans la rue. Elle va se prostituer pour me fournir l'argent - c'est normal, il est si rare qu'une anorexique comme moi mange, il est naturel qu'une sous-espèce de gardien comme elle, une humaine de chair et de sang, toute de bonté, se vende pour me plaire, moi, garce invétérée, prostituée de son état et parasite social. Non ? Ses cheveux bruns séduisent un homme à l'allule étrange. J'aurai ma glace dans la demi-heure qui va suivre.
Je me suis bien divertis, ces jours-ci. Je vais récompenser ces gardiens si fidèle ! Je me meurs un peu, ici, chez moi, mais je ne m'ennuis plus. Plus du tout ! N'est-ce pas fou ? Et la boisson est si bonne... Jamais je n'ai eu si envie de m'y perdre. Ce doit être héréditaire, tout comme cette faculté absurde et totalement inutile que j'ai à n'être jamais saoul. Ou presque totalement inutile... Je reste à jeun pour ramener mes gardiens dans un taxi hors de prix. Je les surveille, ces petits. Je veille sur eux, un verre de trop, un cachet de trop, et je leur tape sur les doigts... Leurs yeux bleus ternis, leurs cheveux blonds cendrés, ce sont mes anges. Ils sont adorables... Je coucherait bien avec eu, un de ces soirs. hmmm...
Je meurs un peu partout, aux quatres coins de la ville. Ca m'occupe. Ca les occupe aussi. D'ailleurs, les torturer partout et de toutes les manières possible est une occupation à plein temps.
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