Quand je marche en talons aiguilles dans la rue, souriant presque du son clinquant et claquant des embouts aiguisés sur la chaussée pavée
couverte de déchets, je la troue avec avidité, avec une fervente motivation, une absolue conviction. Je m'insinue dans le moindre orifice, je creuse le plus petit défaut, pour finalement dévoiler
au monde une laideur flagrante. Et la mienne ?
Je marche en talons aiguilles dans la rue, souriant presque devant ces hommes dont je piétinerais bien la figure de mes botinnes, souriant presque à le vue de ces femmes qui me font des
croches-pieds pour me faire redescendre sur terre, je pleure ; je pleure à défaut de sourire. Vous savez pourquoi ? Non, bien sûr que non. Personne ne sait, sauf moi. C'est mon jardin secrêt, mon
Eden interdit, mon secrêt enfermé plus à la cave que dans ma cours extérieur, parce qu'il n'est pas si attrayant.
Oui, j'aimerais me dire que vous me trouvez grosse, que votre regard se porte sur les bourrelés de mes anches, que mes talons n'eclipsent en rien la cellulite que moule un jeans trop petit - du 58,
au moins. Mais il n'en est rien. Je suis, reste bien, jolie. Ce n'est pas pour ça que je pleure... Mes larmes ont une toute autre saveur...
Je pleure parce que je suis en jupe. Je pleure parce qu'il me suffit de parader pour que vous gobiez tous mes mensonges. Je pleure parce qu'il s'agit de me maquiller, pour vous tromper à mon gré. A
mes souhaits. Mais, tant que je reste habillée... Je pleure parce que je suis en jupe, que je suis obligée de courire, de passer sur les bouches d'aération, de me pencher pour ramasser un sac tombé
à terre, de porter des jaretelles trop longues, pour que vous ne prétiez pas attention au principal. Je me penche en avant pour que vous ne puissiez pas regarder sous ma jupe.
Vous ne comprenez pas, n'est-ce pas ? C'est normal, il s'agit de mes secrêts, de mes secrêts bien gardés. Je vais tout vous dire. Je vais me mettre à nue. Je vais arracher mes bijous un à un, ma
bague papillon, ma bague en argent, incrustée de diamant, ma bague à pierre noire, trouvée dans un café, décalotter mes ongles perpétuellement peints, griffer mes oreilles en ôtant leurs boucles
pantelantes, creuser mon nombril en saisissant sauvagement mon piercing. Et labourer mon corps de mes doigts pour extraire le moindre grain de maquillage. Et m'écorcher vive, pour ne plus voir le
moindre grain de beauté... J'en ai tellement. C'est inimaginable. Putain de grains de beauté. Pas un n'a été foutu, pas un, jamais, de justifier leur présence par leur qualité. Pas de "c'est parce que tu es jolie !". Et bien, putain de grains de beauté, vous joncherez le sol comme n'importe quelle merde environnante. Ensuite, m'attaquer à mon débardeur d'hiver
(à distinguer de ceux d'été, minuscules), en découper les bretelles, en découper les tissus, et manger mon soutien-gorge. Déboutonner ce qui peut-être déboutonner, faire sortir ma braguette de ses
gond, et vomir mon pantalon. Et mon string, et ma culotte, ensevelli sous quelques bourrelets, je le-la ferai éclater.
Je me mettrai à nue, vous verrez tout. Vous comprendrez tout. Vous comprendrez pourquoi je pleure, seule, dans la rue, lorsque je m'y ballade en jupe, et en talon aiguille, sous les catédrales
strasbourgeoises, au fil des magasins de la capitale. De jour, parce que de nuit, je ne peux pas. Mes larmes ne scintillent pas. Elles sont ternes. De la même couleur que ma peau.
Transparentes.
Pour vous, je serai transparente, aussi. Vous verrez la cavité de mon coeur battre, le papillon, incompréhensiblement, s'acharner, et mes entrailles se tordre de
douleur. Je serai transparente, je vous dirai tout...
Je vous mets dans la confidence... chut ! Pchuut...
Silence, pas un mot, et, peut-être, comme le petit prince, dégoûtés vous des roses superficielles de mon jardin. Regardez-moi, et comprenez ce à quoi je pense. Observez cette putain d'image, et
regardez moi ensuite...
Je pleure, dans la rue, en talons aiguilles et en jupe, parce que si j'enlevais mes vêtements, si je cessais mes mimiques provocatrices, la mascarade, la fabuleuse et merveilleuse tragédie, ce
banquet, ces festivités san fin s'arrêteraient. L'amour avec. Je pleure, parce que si vous regardiez sous ma jupe, vous verriez à quel point je suis laide. Vous verriez mes cuisses qui se touchent
l'une l'autre, se frôlent, jusqu'à l'irritation lorsqu'il me prend de courir, lorsque je pleure, vous constaterez la bosse au dessus de ce que vous soupçonnerez être mes genoux, recouverts,
ensevellis sous la graisse, sous le gras. Vous ne pourrez que remarquer des vergetures, en conluant amèrement, avec un brin de dégoût, que j'ai grossis trop vite. Vous verriez mes hanches prêtes à
dépasser de la jupe ceintrées, se balançant sur mes pas, se coulant sur mes sous-vêtements, s'enlissant dans la soie du tissus... et je ne saurais dire laquelle des deux est la plus douce, au
touchée. Douce, chaude, visqueuse... Telle est ma graisse. Je pleure parce que vous verriez mes chevilles énormes, rentrant à peine dans mes talons aiguilles, mes molets d'une largeur écoeurante.
Vous verriez ma peau purrulante, envahie de grains de beauté, zébrée de vergeture. Ma peau blanche de clown, et vous constateriez que mon maquillage d'estéthicienne n'est qu'une grotesque
mascarde.
Tiens, étrange, "grotesque", ça possède une sonorité approchant de celle de "gros" ! L'étymologie semble être la même. Mais, vous l'aurez compris, il ne faut pas
s'arrêter aux apparences...
Si vous vous penchiez un instant sous ma jupe, si vous oubliiez mes bas, vous verriez ma laideur, mon obésité, ma graisse. Vous connaîtriez mon secrêt. Il vous suffirait d'être lucide... D'être un
peu moins naïf. Je me fous de vous...

Si vous vous penchiez sous ma jupe, vous verriez que je ne porte pas de culotte.
TO ANNE - avant moi, sur une petite musique, quelques beautés (les tiennes ?) en tête, sans espoire d'écrire une oeuvre d'art. Pour toi,
rien qu'à toi.
Besoin d'un peu de folie solitaire, pour extérioriser d'un moyen anorexiquement possible, ma joie.
J'ai crisé, hier soir (petits gateaux de noël, biscottes, pains au lait, pépitos, pain blanc, fromage, miel, salade de pates, banane, chocolat noir, chocolat blanc à la noix de coco, chocolat au
lait riz-soufflé, paela, toast, saumon), mais, sincèrement, je m'en fous.
Tu en vaux bien la peine.
Et puis, alors que tu as même osé me demander "dois-je réanorexier pour toi ?" je ne peux décemment pas mentir, me plaindre. Alors que tu as osé me dire "je t'aime", alors que tu m'as parlé toute
la soirée, alors que chacune de tes questions me faisait tomber du fil.
C'est étrange, ce sol sous mes pieds. Je me sens humaine à tes côtés. A moins que tu ne partages ma folie, dans un genre différent, toujours, meilleur, certainement, et que je ne t'en aime que
d'avantage... C'est vrai.
Tu en vaux bien la peine - la joie ? Quoi qu'il en soit, tu me tires de mes nuages. Il fait froid au dessus des orages...
Besoin de me droguer à l'encens, de me donner l'illusion d'un flou euphorique à travers les volutes parfummés à la vanille. J'aurais
préféré une des fleurs d'oranger... Vague impression d'être un ange. Même plus de terre, sous mon regard. Vague sensation d'un ciel sous mes pieds ; à moins que ça ne soit le ciel qui se dérobe
sous les pieds, qui tourne ; à moins que je ne sois en train de tomber plus bas encore.
Besoin d'un peu d'amour de moi-même, merde, pour me remettre de ces fêtes dégoutantes. Pour réussir à accepter un peu de me laisser
regarder, dénuder, dérober - oui, en effet, si je demain je tourne la tête, je ne pourrai plus te voir. Oui, si demain j'ai la joue contre mon ordinateur, je ne pourrai pas te
parler...
Cette seconde rencontre me laisse plus envoutée que pensive.
Bien plus.
Tu en vaux la peine.
Ca me fait étrange, d'être libre à tes côtés - quand tu me dis que tu as peur de me harceler, alors que chaque silence me donne l'impression à moi de t'avoir dégoûtée. On me dégoûte si facilement.
Je ne veux pas que tu me détestes.
Même que, pour le nouvel an, je t'ai écrit un message que je n'ai pas pu envoyer. Pas de réseau... Rien qu'une église, que je me suis faite une joie de parcourire de long en large, en bas, et
en jarretière. A exciter, provoquer le noir, les ténèbres, l'obscurité - comme un homme, quelle différence ? Je ferme les yeux, sous leurs caresses.
Oui, en effet, je ne souhaite vomir que lorsque je le souhaite.
Toute la différence est dans le regard, non ? Tu n'aurais pas besoin d'alcool pour me faire pleurer. Tu n'aurais pas besoin d'alcool pour t'attirer mes compliments, mon affection. Ma gentillesse,
même si je crois que je ne le suis pas beaucoup. Je suis méfiante. Je m'imagine des choses.
Dans cet état perpétuellement second, ce maudit sourire au lèvres, ces papillons dans la poitrine et ce mal au coeur. Je tiens aussi bien le malheur que l'alcool ; j'écris des messages dans les
bras de ce chéri qui n'a pas le droit de te lire.
Comme un barbelé
dans la
bouche,
comme un garot
autours de la langue,
perdue dans une campagne sans
réseau -
heureusement
encore
y a t-il un relais poste ! ^^ je ne
peux pas t'apporter mes voeux,
je mexcuse, en
échange,
je nai pas fait lamour,
jai pense a toi ; si
seulement ca avait
été toi, à mes cotés
je naurais eu ni honte
ni regrets a lidée de
me promener en
bas
dans léglise.
Et, sois en
sûre, je
n'aurais eu ni regrets ni
remords à lidée de
t'embrasser.
Et, tu sais ? Je ne mettrai pas ton prénom en entier dans mon pseudo. Ton pseudonyme, même, vient à me faire craindre les pires intérets... Les meilleurs sont les pires ; les gens que tu interesses
te raviraient à moi. Pas eux. Tous, mais pas eux. Personne, je ne demande pas. Je t'aime. Et si tu m'aimes, ça me suffit...
Je crois que je vais mettre "No". Je peux ?
Je crois aussi que je vais couper une partie de ce texte, car, entre mes besoins, et ces maudits éclats d'amour qui transparaissent, j'ai peur de te couper toi. J'ai peur de tout dire, pour devoir
me taire ensuite... J'en garde un peu. Pour les prochaines lettres,
Je remonte d'ailleurs son mon fil, en attendant que tu la reçoives. Va t-elle te plaire ? Et mon écriture ? La tienne est tellement belle, tellement soignée, d'une régularité imposante. J'en parle,
de la mienne, sur ma lettre, en réponse à la tienne.
Ca fait un peu mal, sous mes pieds. Ces lieux que je foule, si différents... distributeur de sensation. Il n'y a que mon vernis noir, sur les ongles de pieds, qui ne change pas. Mais je changerais
pour toi ; je t'aime.
Je veux tenir toutes les promesses que je te fais.
Besoin de les tenir...
Mais, mes besoins sont si dérisoires, comparés aux tiens. Je ferais tout, pour toi. Et je viendrai. Pour le baiser,
pour toi.
Bien à toi...
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