Mercredi 21 novembre 2007
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To Anne.



Comme je voudrais te croire, comme je voudrais t'aimer, comme je voudrais pouvoir comprendre et considérer chacun de tes mots comme déstiné à me faire du bien. Comme s'ils étaient à mon intention, à mon attention, comme s'ils étaient fait pour  moi.
Mais ils ne le sont pas.
Dommage, hein ? Dommage. Mais...
Comment est-ce que je pourrais croire que tu existes réellement aussi belle pour me plaire ? Comment pourrais-je moi te plaire en étant si laide ?
Je ne mérite pas tes mots. C'est comme si je t'embrassais de force à chaque syllabe prononcée. Comme si j'happais ton oxygène. Comme si je te volais ta nourriture. C'est affectueux, c'est doux, c'est tendre, mais ce genre d'intention empreinte de délicatesse, ça anorexie une femme... Je suis un monstre.
Comment pourrais-je ne pas être horrifiée à l'idée même que ma simple présence avive ta haine de la nourriture ?

Oh, que je t'aime, tu m'as l'air si bonne, délicieuse, et si apétissante, même, que je ne suis pas certaine d'avoir le droit de te manger. Non, d'ailleurs, je le sais, je n'en ai pas le droit.
Car, vois-tu, je ne veux pas te faire de mal, je ne veux pas te blesser plus que nécessaire ; au point même parfois d'apprécier et de jouir du plaisir de ne rien te faire alors que tu souhaiterais avoir mal. Est-ce tordu ?
Je suis tordue, je ne mérite rien, et tes mots ne sont même pas pour moi.
Pour qui sont-ils ? Qui est-elle ? Que je la dévore elle, pour qu'il n'en reste rien. Peut-être même me rendra t-elle grosse, peut-être même m'aimeras-tu à travers ces rondeurs que moi je suis incapable d'apprécier. Je serais bien obèse, si cela suffisait à me faire aimer de toi. Et des autres, peut-être...

Pour qui sont ces mots ? Tu me tortures, tu me tortures, je ne sais plus comment  regarder les gens autours de moi. Peut-être est-ce elle, elle est si fine, et lorsqu'elle me sourit, ses dents semblent tout à fait normales. Pas comme moi.

Alors, sais-tu ? Je vais vomir jusqu'à m'user les dents. Jusqu'à ne plus être vampire. Peut-être que tu m'aimerais après. Peut-être que tu ne voudras plus me voir. On verra bien !

On verra bien... Un peu pitoyable. Comme si je pouvais faire autrement qu'essayer de te plaire. Comme si je ne déposais pas des commentaires sur ton blog pour que tu ne puisses plus te passer de moi. Comme si je n'avais pas envie que tu m'aimes. Ne te méprends pas : j'ai vraiment envie, besoin de toi. Je désire ta présence plus que tout. Et si tu me dis je t'aime, je décède de surprise. Je suis morte. Putain de merde.

N'empêche, d'outre tombe, derrière mes dents pointues, brillantes et acérées, comme je t'aime.
Comme je veux être là pour toi. Derrière toi. A t'empêcher de tomber et devant, à t'empêcher de t'enfuir. Je te veux pour moi toute seule. Je suis tellement égoïste. Et toi là dedans ?

Je crois que je te veux du bien. Alors je crois que je vais me contenter de te regarder. De saliver devant ta poitrine et tes yeux en revolvers. Tu m'as l'air délicieuse. Vivons heureuses.




par Emmanorexie publié dans : lettres
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Mercredi 14 novembre 2007
Moi :
D'ailleur j'ose même pas manger, les employés me regardent, c'est affreux ^^

Elle :
Hmmm, ils te regardent ? C'est peut-être qu'ils ont envie de te baiser, fais gaffe.

Moi :
Bon bah, je crois alors que je ferais mieux de pas ouvrire la bouche ; jsuis sûre que si j'osais entrouvrire la bouche pour croquer mon sandwich, ils auraient envie d'y glisser leur langue (ou mêmepire... ^^)

Elle :
Sale cochonne.

Moi :
Sale tordue !


Que dire de plus ? Je suis incapable de manger devant qui que ce soit.

par Emmanorexie publié dans : mon quotidien
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Dimanche 4 novembre 2007
Quelle douce addiction, et non des moindres. Car c'est bien pratique, un portable, pour une anorexique. On le colle contre sa joue, on dissimule le gras de son cou et les teintes rosées de sa peau de porc, fendant la foule avec confiance ; on fait  parti du système. On le range dans la poche avant de son jeans, constate avec ravissement que la bosse ostentatoirement parcourue du regard par les passants n'est ni  votre cellulite, ni votre poitrine. On le tien en main, on s'amuse avec - 78 kcalories en moins par heure -, on chante au rythme de ces sonneries idiotes, patétiques, ridicules ou culte qu'on cultive sur son portable - 78 kcalories en moins par heure - ou utilise le vibreur comme les masseurs présentés à téléshopping le matin, se musclant sans effort, avec moult bénéfices. On prend des photos de son corps sous tous les angles, ventre, poitrine, cuisses, genoux, mollets, cou, visage, mains, bras... On assemble, on compare, on retouche, on remonte, on monte, on pleure... On prend aussi parfois des vidéos de cette graisse, de cette cellulite qui s'agite au grès du vent ou de l'effort, des spasmes de terreur, de colère, de tristesse. On joue à Snake, à bobby carrot en cours, musclant ses doigts et sa machoire à se cripser au dessus d'un si petit écran.

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On simule le bonheur, on trompe son entourage, on amasse des numéros qu'on effacera le lendemain ou même qui ne passeront jamais dans son repertoire. On joue à DIeu - c'est si jouissif - on fait mine de pouvoir choisir ses amis, on supprime, on ajoute, même, parfois ; et la véritable gloire n'est que pour l'anorexique dont il ne reste plus que 5 numéros dans son répertoire... ! Car, oui, quelle importance ? Des lors que son portable est là, on peut remodeler sa vie sociale à son envie, se jouant de son caractère invivables et de ses manies de malade mentale. Il suffit d'une question sur le bijou qui y est accroché, d'un numéro donné, d'un portable en commun, d'un cellulaire qui tombe malencontreusement sur le pied de son âme soeur à la sortie d'un café, et s'en est fait. La vie pend au bout des téléphone portable.

Et l'intérieur est bien plus précieux encore. On s'aventure dans son calendrier, vierge de tout rendez-vous, de tout anniversaire, on s'amuse à programmer sa journée, ses repas, ses siestes, ses repas et ses purges un jour, une semaine, un mois, des mois, des mois et des mois à l'avance. On finit par se promettre de rester un an encore anorexique - c'est si bon de se savoir malade, excusée, pardonnée, lentement assassinée... On glisse en anniversaire le repère, le moment au souvenir de ses 90, 80, 70, 50, 45 et 30 kilos. Un moment aux morts, à la morte, par la suite, qui le suit jusque dans son cercueuil. On marque en mémo des promesses, des interdictions, des encouragement. "Gros porc, ne mange pas aujourd'hui", "une seconde dans la bouche, pour toujours sur les hanches." On se glisse de longues lettres dans la limite de caractères, on frôle la schyzophrénie à s'avancer toujours plus loin. Mais... Qu'importe ? L'anorexique ne peut rater son rendez-vous avec la douleur, tout chargé que soit son emploi du temps...

Quel temps reste t-il pour le divertissement ? Plus grand chose, hélas, quelques vestiges d'envies, de volonté véritables, de joie propre... Mais de tout cela ne reste que des appels - en absence - recensés à la douzaine dans son téléphone. Des numéros inconnus, des appels familiaux, son assistante sociale ou son copain qui se desepère... On ne répond pas, c'est malpoli, le gras, l'obésité, la lâcheté se devine plus encore lorsque l'on décroche que lorsque que l'on ne répond  pas... De plus, ce serait  intruser la vie des gens, et ça, de quel droit ?
Mieux vaut encore se taire. Garder les lèvres closes en apparences (on ne les ouvre que pour vomir, dans une cercle très fermé), tenir les secrêts, au bout de son code pin, constitué des chiffres les plus fin... Tenir le monde dans le creux de sa main, tout comme on tiendrait son portable, il y croit, c'est facile, avec cet instrument satanique, diabolique, mais de toute dernière génération, agrémenté d'un fond d'écran porno, orné de ces filles aux corps parfaits, on a vite fait de passer populaire... La popularité est douceureusement normale...

L'anorexie quotidienne est courante. Elle est passe-partout. Elle est banale, un pourcentage élevé, et des filles parmis d'autre, sinon plus belles... Il est bon de le croire, mais rien n'est plus commun que l'envie d'être remarquable...
par Emmanorexie publié dans : mon quotidien
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Samedi 3 novembre 2007
Viande mâle.

J'ai envie de parler de lui. De ma jalousie, de mon amour pour son corps parfait que je carresse et que je lèche - jamais assez - pour ne jamais me le voir approprié. De son regard perçant que j'observe en coin, de peur de ne le croiser (cette avance me pousserait sur la voie de la désillusion plus que sur le chemin de l'extase) ; brun, vert ? Aucune idée, il est franchement tourné vers ma maigre poitrine, tandis que lorsque mes yeux glissent vers son entrejambe, je ne descerne plus aucune sincérité dans ses mots d'amour.


J'ai envie de parler de son visage pointu - osseux -, de son nez fraudeur qui se glisse partout, de son menton curieux qui va et vient sans réellement aller - ni venir - nulle part. J'aimerais aussi discourir sur son teint de "portugesh' plus blanc que blanc, terni, éclairci, brouillé et ruiné par le jeûne, la privation et la fatigue. Les ravages de la faim, elle vous croque l'estomac et vous mord le visage... Ce pauvre homme, je le mangerai bien avant elle ! Je parlerais sur ses oreilles, qu'il m'a formellement interdit de mordre, ses dents à lui, rangées en un sourire moqueur, complice, gras, hyppocrite, incimplet, énamouré. Il fait peur, ce sourire, et les dents sortent de leurs fourraux pour me  déchiqueter ou me pincer la peau sur mes os.

Et son cou ! Oh, son cou... Je caresse, tandis qu'il proteste, les vertebres apparentes, sa pomme d'Adam. Elle me fait envie ;  je voudrais la même ; il serait si aisé de m'aimer si j'avais un tel relief osseux à porté de vue dans chaque miroire. Il a également de superbes clavicules. J'aime beaucoup son torse, glabre, galbé, aux têtons fuyants et aux côtes saillantes. Quand je lui caresse le dos, je sens sa colonne vertebrale.

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Eh... oh... lorsqu'il me presse contre son corps dénudé de débauché, je sens ses hanches, son bassin ; il m'arrache la peau, le gras des poignées d'amour - encore ! -
Et ça fait du mal, et ça fait du bien, et je ne peux plus m'en passer. Ce cliquetis qui me déchire de tout mon long, ses os qui me pénètrent. Jouissif, vraiment, et il n'en sait rien, car je ne lui ais pas dit que lorsque je crie de plaisir et de douleur, ce sont ses os qui m'obsèdent, ses hanches de divinité anorexique, son corps de laine étirée qui m'importent. Sa personnalité me désinteresse totalement, c'est pour son sourire et pour rien d'autre que je ma damnerai. J'aime son corps. J'aime son anorexie.

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Certes, il est doué, et tellement drôle lorsqu'il me rappel que je dois lui faire plaisir aussi, mais ses jambes maigres, fines et poilues sont bien plus douces et délicieuses. Ses genoux cagneux, je les avalerai. Je m'étranglerai avec, gorge transpercée. Je me nourrirais de la courbe marquée de ses muscles fin, et je ne grossirais jamais. J'ai tout intéret à conserver la chaire qu'il a sur les os, néanmoins, si je veux encore m'entendre dire "tu es parfaite" - presque.


Cultivons nos intérêt et cultivons nos corps. Et haut les coeurs ! M. Je ne t'aime pas - mais tu as de bien jolies hanches.
par Emmanorexie publié dans : mes réflexions
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Mardi 30 octobre 2007

En hommage à mes gardiens, qui se dévouent corps et âme pour moi.



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Les compatibilités et incompatibilités avec la maladie régissent ma vie. Elles me dominent. Peut-on définitivement avoir des amis ? Une famille ? Une richesse ? Du bonheur ? Lorsque l'on se suicide à petit feu, lorsqu'on est anorexique... Mon plus grand bonheur au milieu de ces questions sans réponses est de me perdre dans le noir, de fermer les rideaux pourpres de mon appartement hors de prix et de faire de la patinette à l'intérieur. Je sombre dans la folie, je me déshabille, je fais de la patinette, hurlant aux proxénêtes et aux pédophiles au milieu de mon salon. Dans un coin de la pièce, deux paires d'yeux attentifs, résignés, amusés et torturés me regardent ; mes gardiens sombrent avec moi dans la folie. Ces anges m'accompagnent dans ma descente pour amortir ma chute. Ces êtres humains faits de chairs et de sang, sont aussi faits pour ça...

Un jour, ils ont même essayé de me tirer du gouffre de l'anorexie et de me sauver. Ils ont renoncé bien vite ! Et pourtant, ils sont toujours là - tellement pratiques. Ils sont faits pour ça, faits pour moi...

Pour une anorexique, c'est grisant, de se voir accorder des sensations uniques. Un peu trop peut-être. On s'imagine un savoir faire qu'on a pas, et lorsque l'on se retrouve un samedi matin dans les bras d'un bel homme tandis qu'une de vos meilleurs amies - votre seconde gardienne - toque à la porte pour vous réveiller d'une nuit que vous devriez avoir passé à dormir, on est un peu dépassée.
On se rabille rapidement sans réflechir. 

- Et rien au monde, oh, rien, après une nuit de délices n'est meilleur  que de ramasser un à un ses habits taillés 34, ses sous-vêtements minuscules (si encore il y en a) et de croiser le reflet de son corps nu et parfait dans le miroire... -


On a perdu sa virginité, mais, pas d'inquiétude, les gardiens seront là pour tout ratrapper. La gardienne castrera le jeune homme et le gardien m'emportera sous son aile sans même me sermonner. C'est un jeux, c'est pratique, un doux supplice mutuel que nous entretenons, entre anorexique et gardiens. Ils s'occupent de moi mieux que je ne m'occupe de moi. Ils sont vraiment pratique, ces amis, ces gardiens, mais après tout, ils sont fait pour ça...

Mieux encore, pire encore, plus loin encore dans le chemin de l'excédant et de la folie, mes gardiens régissent ma vie. Le premier a des airs de psychopathes ; il est grand, blond aux yeux bleus. Il a le teint clair, le poil drû, une petite moustache qu'il rase pour sa conquête actuelle, qu'il aime passionément. Je suis parfois si mutine que je l'appel la nuit de leur rendez-vous, lui déclarant ouvertement que je vais vomir pour le punir d'avoir partagé son amour entre moi et cet autre, pour le faire culpabiliser, pour lui faire du mal et me faire du bien. D'ailleurs, je lui déclare d'emblée et à la suite que je vais lui vomir dessus. Je m'execute.

- Réfléchissez à deux fois, avant de ne vous lier d'amitié avec une anorexique. Elle vous fera du mal. -

J'ai ridiculisé et injustement punis l'un de mes gardiens - han ! Et je m'en vante. Je suis une véritable petite garce, passons au suivant. C'est une femme, un peu maigre, le visage recouvert d'acné à cause de la malnutrition. Si ses vêtements sont pauvres, ils sont egalement évoquateurs et sexy. Je lui demande une glace. La jeune femme soupire et sourit, elle retire son gilet, et elle s'avance dans la rue. Elle va se prostituer pour me fournir l'argent - c'est normal, il est si rare qu'une anorexique comme moi mange, il est naturel qu'une sous-espèce de gardien comme elle, une humaine de chair et de sang, toute de bonté, se vende pour me plaire, moi, garce invétérée, prostituée de son état et parasite social. Non ? Ses cheveux bruns séduisent un homme à l'allule étrange. J'aurai ma glace dans la demi-heure qui va suivre.

Je me suis bien divertis, ces jours-ci. Je vais récompenser ces gardiens si fidèle ! Je me meurs un peu, ici, chez moi, mais je ne m'ennuis plus. Plus du tout ! N'est-ce pas fou ? Et la boisson est si bonne... Jamais je n'ai eu si envie de m'y perdre. Ce doit être héréditaire, tout comme cette faculté absurde et totalement inutile que j'ai à n'être jamais saoul. Ou presque totalement inutile... Je reste à jeun pour ramener mes gardiens dans un taxi hors de prix. Je les surveille, ces petits. Je veille sur eux, un verre de trop, un cachet de trop, et je leur tape sur les doigts... Leurs yeux bleus ternis, leurs cheveux blonds cendrés, ce sont mes anges. Ils sont adorables... Je coucherait bien avec eu, un de ces soirs. hmmm...




Quelle abomination ! Blasphème. Et alors ? Il est compatible avec l'anorexie...
Je meurs un peu partout, aux quatres coins de la ville. Ca m'occupe. Ca les occupe aussi. D'ailleurs, les torturer partout et de toutes les manières possible est une occupation à plein temps.
par Emmanorexie publié dans : mes réflexions
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Samedi 27 octobre 2007
TCA - TOC - TS - EP -  DP - HD - DN -  TPM -  SM ...

N'y en a-til pas un pour me rendre unique, entière, indispensable ?
par Emmanorexie publié dans : les bases
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Lundi 22 octobre 2007
Mes amies anorexiques.


Amitié et anorexie. Pourquoi ne pas faire une vidéo sur le sujet ? Varier les supports, les méthodes, les outils, et agacer les mondes d'une perfection pré-fabriquée, d'une assiduitée qui n'est pas demandée. Et agacer mes amis, et les sublimer du même coup. Et leur dire finalement qu'ils ne sont pas mes amis, parce qu'un ami jaloux, ça ne sert à rien. Et leur dire que leur inutilité est affligeant qu'ils ne seront plus jamais l'ami de quiconque... Et ne plus avoir d'ami. Classer les rares restant par catégorie sur msn, plus tordues, plus recherchées, plus méchantes les unes que les autres. Et ne plus avoir d'amis du tout. Je vais éviter, alors, parce qu'il y a des amis auquels je tiens qui passe ici. De ceux qui datent, de ceux qui me connaissaient avant, m'ont vu changer sans trop de dégoût - sans trop d'attention non plus. De ceux qui ne partagent avec moi que les goûts musicaux, les rares délires dans les matières où le placement est obligatoire. Il y a aussi les 'vraies amies', celles qui m'ont vu changer et sont restées derrière moi. Je les ai écrasé de mon poids, elles ne ressemblent plus à rien, croûlant sous la charge de mes problèmes, de mes pêchés. Elles ne ressemblent plus à rien, et c'est ma faute, je leur ai tout pris. Mais elles servent encore d'excuses, de figurantes, d'appuis selon les cas. C'est bien pratique, une amie... Je m'écoeure, depuis que je suis en amitié avec cette fille...

Elle est vraiment belle, il faut le dire. Avec son narguilé, sa bouteille de vodka orange, sa chevelure incoiffable et ses yeux amandes. Son sourire de femme, charnu, large, sans retenue, sans féminité non plus, pourtant. Son petit air de je-plais-et-je-le-sais. Bien sûr, que tu le sais, on t'aime, je t'aime, et tu m'aimes quand tu en as le temps... Entre deux rendez-vous, deux fêtes, deux cours, deux joints ou deux cadavres, tu reviens vers moi pour un baiser, et dans ces moments là, je t'aime plus que tout. En attendant, je m'amuse à décevoir mes proches. Je deviens douée.


Mais bien plus drôles encore sont les bandes d'anorexiques. Mes amies anorexiques, elles sont tellement géniales. Je ne peux pas m'en passer, elles sont merveilleuses. Si petites et si pratiques, elles s'adaptent à toutes les situations et s'emmènent partout. Elles cumulent les folies, acceptent et cultivent les miennes ; bisexuelles, dépendantes sexuelles, anorexiques, boulimiques, paranoïaques, schyzophrènes... Mes amies anorexiques, elle sont tellement enviées. Les anorexiques, les vraies, IRL, celles que je rencontre, dont j'envie la maigreur, que j'idolâtre, dont je serre la main sur le lit d'hopital. Celles dont je pousse le fauteuil, celles aussi dont je suis jalouse. Je ne leur sers plus à rien, et il faut croire qu'elles m'ont délaissé vers l'enfer. Et alors ? Ce n'étaient que des ano, après tout...

Mais non, pour de vrai, sans mentir, mes amies anorexiques,elles me sont indispensables. C'est avec elles que je ne mange pas à midi, c'est à elles que je dirai bonne nuit lorsque je ne dormirai pas, c'est dans leurs bras que je pleurerai après avoir crisé. Et quand je n'arrive pas à vomir, en lieu et place de leurs mains, c'est leurs doigts qui se tendent. Les amies anorexiques, pour une autre anorexique, c'est fantastique... On compare nos poids respectifs, on fait la moue, on sourit et on rit. On fait des ombres chinoises aux contours métalliques tant nos os ressortent. Un bassin devient un papillon, une main un oiseau, un crane sans cheveux un cure-dent. On se fait des noeuds dans les bras, et on en aspire la graisse avec nos bouches (en la recrachant tout de suite après, de peur de n'avaler). Nos chamalow, on les fait brûler jusqu'à les calciner totalement, nos alcools, on les avale et on les vomit en coeur et en mouvement. On maigrit au rythme de la même musique. On se perce le corps qu'il nous reste dans un même cris. Lorsqu'il manque les banderolles le jour du cross du collège, nous sommes les premières à proposer de les remplacer. Nous faisons office de squellettes en physique, toutes ensembles. Nous distribuons généreusement nos plateaux à la cantine. On nous aime. Nous nous aimons, et c'est parfait ainsi. Les amies anorexiques, c'est à l'anorexie à la mort, et l'anorexie à la mort. On est ensemble jusqu'au bout, à ne plus s'alimenter, on se crève à plusieurs. Celle qui abandonne reste derrière, et n'a droit à aucune considération. Une bande d'anorexique, ça ne se quitte pas comme ça.

"T'as vu Morgane ? Elle a grossi. Son pull est sur le point de craquer, mon dieu, c'est moche. - C'est de sa faute, depuis qu'elle est avec ce mec elle mange. - Il paraîtrait même qu'il lui aurait dit de ne plus nous approcher. Que nous étions bonnes à enfermer... - Mais quel connard ! Qu'il aille se faire foutre, Morgane ne lui sera pas d'une grande aide le jour où on se vengera. - Ouais, d'ailleurs elle sera devenue grosse et moche. - Obèse ! - Ouais ! Haha, c'est dingue qu'elle veuille plus rester avec nous, elle va bien le payer. Quelle folle celle-là. - J'espère qu'elle va vraiment devenir obèse. Et dire qu'elle était plus maigre que moi avant... - Il l'aimera plus, et il pleurera à nos pieds de la reprendre. - Mais quel con, comme s'il savait pas qu'une bande d'anorexique, ça se quitte pas comme ça... - Dommage pour Morgane - Tant pis pour elle, ouais, tu veux dire ! - haha. Ouais, qu'ils crèvent tous les deux, nous, on sera sublimes !"


La jalousie, c'est certain. L'amitié ? Peut-être. Et alors, elles sont tellement géniales mes amies anorexiques.... Toutes plus belles les unes que les autres, toutes plus désirées. Toutes plus folles, et toutes plus mortes... Toutes plus bas. Nous sommes respectivement 55, 36, 70 et 49. Nous sommes toutes anorexiques.
par Emmanorexie publié dans : mon quotidien
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Jeudi 18 octobre 2007
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Oh mon dieu. Oh non. Mais quelle vie de merde...
Comme je souhaiterais ne pas savoir. Ne pas voir ses os saillant, ses contours flous dans ses pulls amples, ou, au contraire, bien trop svelte dans de petits hauts moulant. Je voudrais ne pas te voir, ne pas songer à toi, chaque jour, lorsque tu ne rentres que pour dîner. J'aimerais ignorer, mais...

"Je n'ai plus faim, je jette, Maman ?
- Quoi ? Encore ! Qu'est-ce que c'est cette fois ? T'es encore malade ? T'as déjà mangé ?
- Mais non, mais je te jure, j'ai vraiment mal, ma dent de sagesse...
- Les dents de sagesse mon oeil. T'as pas mangé ce midi, ce matin, ni hier de toute la journée. T'es anorexique !
- Mais non ! Qu'est-ce que tu racontes ! Je te rappelle que j'ai mangé une raie de chocolat ce matin. Est-ce que je mangerais du chocolat si j'étais anorexique ? Bien sûr que non."


Oh mon dieu, oh non. Juliette... Sur ton blog, j'ai lu, bien sûr, ce passage où tu expliquais comment avec force de "j'ai mangé ça ! Est-ce qu'une anorexique en mangerait ?" tu avais réussi à convaincre le monde entier de ta normalité. Je m'en souviens parfaitement. Alors, oh mon dieu, oh mon dieu ! Qu'est-ce que je dois faire ?

Ma grande soeur chérie, ma grande soeur que j'aime. Ma grande soeur est devenue anorexique.




par Emmanorexie publié dans : mon quotidien
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Mercredi 17 octobre 2007
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Réflexion faite, réacoucher n'est pas une si bonne idée. 
par Emmanorexie publié dans : mes réflexions
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Mercredi 17 octobre 2007

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Le drame de l'existence humaine est de devoir renoncer un jour a etre dans la lumiere (Hubert Reeves) 

Mon ombre passée, elle reste ancrée dans le sol. Quand je me vois dans le miroire, les fêlures, les trâces de doigts inattentifs me dessinent des coutours imaginaires passés. Plus gros. Plus imposants. Plus envahissants, plus effrayants... Vos regards sont un miroir du passé, vos parôles couvrent un souvenir trop proche encore de la surface. Je ne supporte pas de vivre dans ce présent, succession passablement ennuyeuse du passé, antécédent d'un avenir sans promesses... Je voudrais tout changer, tout recommencer. Je voudrais ne jamais vous avoir rencontré. Je voudrais même, parfois, parfois, et si souvent, ne pas être née... !

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J'ai fait des choses. Des choses pas bien, vraiment pas bien. On m'a dit qu'on ne s'attendait pas à ça de ma part, on m'a avoué que je les décevais tous, on m'a annoncé une punition à venir, un temps révolue... Le pardon n'est plus possible passé un certain seuil - et, pour revenir en arrière, l'anorexie reste la seule solution... - Mais, vraiment, qui me croira innocente alors que j'enchaîne les verres d'alcools, les amants infidèles, les infidélités aux amants, et les infidèles des amants... ? Je suis avide, tellement avide. Je prendrais tout ce qu'on me donne, je prendrais tout jusqu'à m'en lasser. On me dit opportuniste. Je suis juste hantée par le souvenir d'un cadeau qu'on ne peut pas refuser, par protocole. Alors je prends, j'accepte, je tends la joue, l'autre joue, le front, l'oeil et les hanches... Passez moi tous dessus, qu'importe ! J'étais respectable, autrefois...


Ce souvenir me hante, lui aussi, je me souviens de ce que j'étais. Parfois je m'idéalise, d'autres, je traîne mon image et ma personne passée dans la boue. Mais toujours, il est si jouissif de se contempler en sous-vêtements dans le miroir, d'observer du coin de l'oeil son reflet plié en une mimique sensuelle, et de se dire, après tout, que son sort est aussi désirable que son corps. Mais le désir est-il une bonne chose ?




Oui, j'étais respectable, autrefois.


Avant ma bêtise.


Je suis mélancolique. Je suis nostalgique. Je suis dépressive... à chaque temps, son malheur, à chaque malheur, son temps... J'ai peur lorsque je pense à tout ce que j'ai fait. j'ai peur lorsque les gens murmurent derrière mon dos. J'ai peur, à chaque mouvement de leurs lèvres, à chaque vibration de leur corde vocale, qu'un reproche me soit afressé. J'ai peur qu'ILS SACHENT. Plus que tout. Je tremble, je pleure, je me roule par terre et je me lamente d'effroi, si par malheur tous venaient à savoir, si par malheur ils savaient tous TOUT CE QUE J'AI FAIT, que ferais-je ? Ma vie s'arrêterait une fois encore.

Et j'aurais le temps d'apprécier mon malheur, et j'aurais le malheur d'aprécier le temps.

Ne prenons alors pas de risque ! Une vie telle que la mienne n'a pas d'avenir. Recommençons tout...
Je vais me réeacoucher moi même. Je vais sortir de mon ventre, jaillir, quitter ma peau, trop molle, trop blanche, trop glabre pour mon esprit pétillant, retors, acéré, voir le jour enfin, et ce sera vrai, vrai, véritable, la vraie première fois que je verrai le jour, sans visage hypocrite penché sur moi, sans faux amour maternel. Je serai mon seul amour. J'ai décidé de renaître, de réacoucher, moi même.

[Fille du malheur et d'un père violeur.
Je serai la fille du mensonge, la progéniture des pourris.
Maman, papa, comme vous me semblez beaux !]


On prend les même, et on recommence ! Sans refuser les mains tendues vers mon corps frêle. Il suffit de se dire qu'elles ne sont là que pour vous tapoter le dos et provoquer quelques larmes. Que ça leur fait plaisir. Que ça les satisfera un temps... Et pendant ce temps, me satisfaire moi même. Oublier, vivre dans l'insouciance, gagner avec ce potentiel inné qui est offert à chacun d'entre nous. Sans forcer. Sans donner plus que nécessaire... Profiter de ce temps de repos, cette enfance offerte pour se libérer. Oublier, oublier, oublier, sans prozac, beuh, vodka orange, narguilé ni procédé comique d'aucun genre. Me regarder dans le miroire sans m'y perdre, m'y inventer un monde. Sans me réfugier dans mes plis de graisse. Oublier, oublier, oublier, et naître, enfin, peut-être, entre les poubelles, dans un royaume où j'aurais ma place.


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Oh ! Comme ce serait bien. Je cesserais d'avoir peur, s'en serait fini de mes crises d'angoisses et de larmes pour cette bêtise. Je ne me souviendrais plus de rien. je vivrais avec les autres. Sans ce souvenir, appelant à la culpabilité... A moins que ce ne soit vous, qui me culpabilisiez ? Mais alors, dans ce cas, il n'y a plus aucun espoir... Aucun espoir autre que l'anorexie. Recommencer en tant qu'enfant. Avant la bêtise. Avant mes 8 ans, et ce petit batard qui a abusé de mon corps. Comme j'en ai assez, de devoir recensser les abus ! J'y suis aujourd'hui si indifférente que je ne pense pas qu'ils soient la cause de mon anorexie. Bien sûr que non. 


Bien sûr que non, ce n'est pas de leur faute. C'est de LA MIENNE. C'est ma faute, pardon, c'est ma faute, pour avoir été aussi sale, pour avoir fait une telle bêtise, et j'ai bien raison de culpabiliser quand je me vois ! Je mérite tous ces crachats qui s'abattent sur mon visage. Après tout, je suis  bien trop naîve pour être respectable.


Maman, tu l'as toujours dit. Je ne suis pas comme vous. Alors, permets moi de me séparer de toi, parce que je sais, je sens, que mon comportement va à nouveau traîner notre nom dans la boue...



Good bye, mom, I was really delighted to be yours. But I am too dirty, too nasty to stay with you.
 
par Emmanorexie publié dans : mes réflexions
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