Cher accessoire paternel,
Je vois ta voiture qui quitte à reculons la cours de notre maison ; ton bras qui enlace le siège du passager, glanant quelques effluves féminines, trâces olfactives à demi effacée de tes
tromperies. C'est bien volatile, une odeur, bien imperceptible, une tromperie, bien volage, un homme - mais ça, papa, je le savais déjà. Tu me l'as appris toute petite, lorsque tu me disais que le
travail était le plus important, parce que de ménage heureux, de couple fidèle, il n'y aurait pas. Mais de toute façon, c'est toi qui m'a dit, quand même, que j'étais prédestinée aux études, pour
être la plus intelligente
- mais aussi la plus laide. Je te ressemblais, papa, nous étions pareil, exclus tous les deux, et d'une asocialité troublante de similitude. Nous simulions en coeur la joie d'être parmi les notre,
et ne manquions pas de chercher à nous évader, ensemble.
C'est pour toi, que je travaillais, papa, c'est toi qui me faisais quelques petits cadeaux quand je remmenais beaucoup de A, c'est toi qui répondais lorsque les gens me demandaient comment ça
allait à l'école - et j'avais une confiance absolue en toi - et toi en moi. Dis, où es-tu parti, papa ? Pourquoi est-ce que tu m'as abandonné dès que Petit Frère est devenu assez grand pour vouloir
visiter des chateaux avec toi, lui aussi ? Je t'en voudrai éternellement, de m'avoir abandonné ;
Parce que moi, maman, tu le sais très bien, que je ne l'aime pas, papa. Papa, je souffre que tu m'ais oublié. Je me dis trop tard, trop loin, tu es parti de la maison, et tu n'y reviens que pour
fumer un petit joint, pa. Papa, nous aurions fumé ensemble, comme ma meilleure amie et son père, qui est si drôle et gentil, nous aurions fait pareil, plaisanté, nous serions allés voir une
foultitude de concert.
Mais tu me gifles trop souvent pour ça, papa, tu es trop loin, tu m'en veux, aussi, d'avoir failli causer le divorce - et tu ne comprends pas pourquoi je suis un tel pagnier percé. Oui, pagnier
percé, et mon coeur qui est parti au milieu des pièces, sur le même ton, et autant de résonnance - mon coeur, papa, il était vide, tu le sais. Heureusement qu'il me reste un cerveau, et des
souvenirs, parce que sinon, je crois que j'aurais donné de l'argent, de ton argent à n'importe qui.
Arrête de me donner de l'argent, papa, je le dépense en paquets de cigarettes et en bouteilles de vodka - tu le sais, et tu le fais quand même ! Je m'achète des sous-vêtements qui me servent à
gagner tout un tas d'argent. Et j'en glisse sous les feuilles de ton imprimante, et tu t'en sers, pour acheter ce qu'il te faut, papa;
Peut-être est-ce pour cela, papa, que tu ne me vends-pas à maman quand je vomis tous les soirs ? Tu m'as déjà entendu tellement de fois, ça te parait normal, et tu sais que je fume, et tu ne dis
rien, du moment que ce n'est pas trop évident. Tout ce qui compte pour toi, c'est que je garde au minimum 17 de moyenne générale ; 16,9 ce trimestre, tu n'as pas nettoyé derrière moi, après mes
crises, et maman a remarqué qu'il manqué tous ces aliments...
Je n'y peux rien, moi, tu le sais, papa, je suis sûre que tu t'automutilais étant jeune. Et ces tâches, sur le bras, que tu laisses apparaître sans rien faire - ça n'est pas une conduite à risque,
peut-être ? Mais je n'y peux rien, papa, si je suis faible, si je suis boulimique - c'est parce qu'elle attend trop de moi. Je ne suis qu'un vulgaire panier percé, bon à étudier et à dépenser, je
ne peux pas l'aimer aussi fort qu'elle me le demander - déjà que je suis en pleine dépendance affective...
Papa, pourquoi tu ne dis rien, quand elle m'insulte, quand elle me dit que je ne suis qu'une pétasse inutile, une petite connasse écervelée ? Quand elle dit que je suis prétentieuse ? Pourquoi tu
croises les bras, dans les cuisine, pourquoi est-ce que tu t'assois ? Tu le sais bien, toi, pourtant, que je n'y fais pas exprès ! Quand je pars à Lyon, c'est simplement parce que j'éprouve le
besoin très fort de mettre une balle dans la tête de mon violeur, ce n'est pas un caprice de gamine ! Papa, pourquoi tu ne le dis pas ?
Papa, pourquoi tu ne le sais pas ?
Papa, pourquoi diable, est-ce que tu ne cherches pas à me comprendre ?
Tu es tellement gentil, papa, mais tellement absent ; tu finiras par être aveugle, ce sera bien fait pour toi, papa.
Ou un jour, c'est dans ta tête, que je mettrai une balle - ou seulement après maman.
Parce que vous me pourrissez tellement la vie...
Sage Emmanuelle,
élève de 3ème 4.
vérités & verdicts