Tu te souviens de tes photos, Morganorexie ?
Fumée de mes dernières cigarettes qui s'envolent vers la fenêtre (une pour chaque), le trafic, et les bruitages urbains - portables, crachats, voitures et hurlements de femmes - couvrant à peine la
différence de couleur entre ses deux yeux. Du brun, du bleu, et encore plus quand il fait l'amour ou encore qu'il se drogue. Tant de choses en tête qu'il en est dérêglé, mais rien de trop pour lui.
Je tire une latte, l'une des premières,
j'ai oublié de faire mon
voeu - trop tard, j'ouvre ma bouche :
- - Ca va, tu gères l'affaire avec JP ?
- - Ca va pas ou quoi ? Moi, je gère toujours.
Et il me regarde avec pitié, parce que moi, je ne suis même pas capable d'empêcher un homme de quarante ans de glisser sa langue et ses dents autours de mes yeux. [Sacré R. (comme Ryo, Oro,
Ceslestin. Sauf que c'est Raff, et qu'il est blond.)]
Je souhaite qu'on leur arrache les yeux à tous, et qu'on les glissent sous leurs aisselles, pupilles
face aux poils ?
Fuck off. Moi, je ne gère rien du tout. D'abord ici, cette attention quémandée par tout le monde, c'est trop. Je ne suis plus, je n'y arrive pas.
Bien sûr que je vous veux, que j'ai
besoin de vous,
mais, vous comprendrez, ce n'est pas l'année, là.
Ensuite, il y a tous ces ratés à l'école. Concours, brevet, concours, et concours encore. Trimestre, pour changer. Vivement les semestre, ça sonne mieux,
et c'est plus long à rater. Sur le
principe de l'anorexie.
Si je perdais encore un peu de dignité, je ferais comme M., et je me creuserai des entailles superficielles dans la peau, 5, une pour chacun des problèmes imaginaires qui
me rongent - soi-disant, je suis adolescente après tout. Juste à l'heure. Comme de dû. Ecole, parents, amour, amitié & drogues. Un tout plutôt avilissant. Et je crois que la dignité, je la
perds avec le gras qui m'enrobe. Je ne m'aime plus ainsi. Stop. Je MAIGRI. Premier bon jour.
Bonsoir, je ne suis pas folle, vous savez ? Et moi ? Elles sont bizarres, peut-être, mes choses ?!
Ainsi, fierté envollée, je peux me taillader la cuisse. L'afficher dans les vestiaires, le mardi après-midi. Quelle importance ? Tout le monde le sait, de toute façon, que je me coupe. J'ai de ces
amies qui crient
'je comprends pas pourquoi tu t'automutiles'
dans une salle de permanence, à l'heure de pointe, quand ces gloutons profitent des avantages dans le passage des classes, donnés par les surveillants.
[Batards de surveillants. Ne servent à rien, n'aident pas en cas de problème.]
'C'est vrai, ça fait mal, c'est moche, ça sert à rien. T'es conne, arrête ça. Enfin, je comprends pas. Je comprends pas.'
'Nooon... C'est vrai ? Ca fait mal ? Toi, t'es conne, arrête. Merveilleux, et maintenant, mon amoureux est au courant, il sait tout. Je n'ai plus qu'à pleurer
dans les toilettes, et à me scarifier encore.'
Jusqu'à ce que tu ne tendes mon avant-bras aux jeunes de derrière qui demandaient
c'est quoi, s'automutiler ?
-
Oui, c'est ça. C'est moi. Parfaitement, et à votre gauche, vous pouvez distinguer les fraîches, à la texture encore onctueuse.
Et c'est ainsi qu'alors que je griffe S., en allant dans les vestiaires, son bras de rocker anorexique blanchâtre, que je tatillonne les coupures, et lui demande
tiens, elles sont toujours pas
parti ? C'est plutôt profond, tu devais vraiment t'ennuyer, ce jour là, comme tu dis. N'est-ce pas ?
'Oui, mais toi, il paraît que t'en fais des mieux, avec des petits motifs, des plus grandes, et des plus profondes.'
Regard méprisant et outré. Pourquoi je me laisse toucher par ça ? Pourquoi je me laisse toucher ?
[D'ailleurs, J.P., on appelle
ça du harcèlement sexuel. Trop drôle. Mais je t'aime bien, toi, c'est pas pareille. Et comme tu m'aimes bien aussi, pas de problème. Juste que, JP, je me vèxe un peu de tes remarques sur mon poids,
et que, JP, ton shit, il n'est pas de si bonne qualité...]
Et ce matin, encore, avec T. Que m'a t-il dit au juste ? Et Martin ? Martin : "mais de toute façon, si elle a dit que le 16 en histoire-géographie ne la satisfaisait pas, c'était fait exprès.
C'était parce que je voulais attirer l'attention.".
Tu es probablement celui qui me fait le plus mal, avec tes parôles bizarres.
*
Et en plus, tu es le seul à qui je l'ai dit (que j'étais anorexique boulimique) et tu ne m'as pas crûe. "
Loool". A l'oral, ça donne ça. Et une ironie imparable,
et un athlète, par dessus ça. Heureusement que je ne t'aime pas, Martin, parce que sinon, c'eût été dur.
Mais, c'est, de toute façon, dur d'aimer. Des parôles en l'air et des insultes avec le dioxyde de carbone. Déclarations respirant l'hipocrysie ; comme M./Mikael dit avec classe, CA ARRIVE. Je
n'aime vraiment pas tomber amoureuse, en général. Il y a juste Anne, pour qui c'est particulier - on appelle ça unique.
Envie de sarcasme, pas de paroles données à la Déesse. Envie de silence. Un jour, je ferai ce voeux, avec une ultime Chesterfield. Pas tout de suite, parce que, pour le moment, j'aime me brûler
le bout des doigts.
RIEN NE SERT DE PARLER.
Le corps est là pour ça.
...
Les gens disent vraiment des choses bizarres, hein... ?
vérités & verdicts