T.O.O.

Je t'aime.

vérités & verdicts

Mardi 30 juin 2009
Quand j'aurai les cheveux assez longs, je menacerai à chaque contradiction de votre part de me pendre avec ;
Je monterai sur mon tréteau d'or, sur mon tombeau de marbre, sur ma chaise à dorures,
et je me lâcherai dans le vide en hurlant comme les fantômes désêchés et dénutris des rats d'opéra.
J'aurai de longs faux-cils courrant sur mes joues,
et, dans un ultime cri, au moment du final, ils tomberont aux pieds de mes orteils vernis d'argent - m'empêcher de mourir, de peur que je me rate.

   
Quand j'aurai oublié l'atrôce consistance des yahourt
et glissé leur orthographe compliquée dans la liste des aliments sur lesquels j'ai fait une croix - si c'est un jeu de mots, je ne le trouve pas -,je menacerai à chaque contradiction de votre part de me jeter du haut de ma chaise, sur mon balais de sorcière, avec ma robe bouffante.
Et pour vous inquiéter davantage encore, j'y installerai
une pile de livres sur le jardinage et sauterai si personne ne connaît ma fleur préférée.

Quand mes ongles seront assez longs pour couper d'une pincée mes cordes vocales,
je m'amuserai chaque jour, sans vomir,
à jouer de leur consistance pour produire de jolis petits grincements qui vous tireront des larmes.
Et ma performance, doigts en bouche, vous impressionnera tellement
qu'à chaque fois que je vous octryerai un bis, vous lèverez tous les mains vers moi pour effleurer l'une de mes précieuses phalanges,
qui s'emboitent, s'avalent et réapparaissent de nulle part.


Je vais maigrir.
Par Emmanorexie - Publié dans : mon quotidien
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Mardi 30 juin 2009

[et c'est les vacances]

I / ACTUALITE.     Aujourd'hui, ma mère jettera ma dépouille aux ordures pour et avec une barquette de hachis Parmentier. (Le problème avec les boulimiques, c'est qu'elles vous ruinent en un instant de solitude les funestes prévisions alimentaires hebdomadaires maternelles.)



II / METHODE.    C'est simple, quand quelque chose disparaît, dans cette maison, c’est la crise, les assiettes cassées, les jurons et l'aspirateur passé à cinq heures dans la matinée pour réveiller la maisonnée.  -  les accès de rage et les questions pernicieuses dans sa bouche tordue et ridée - puis, l'oubli désintéressé. C'est un cycle récurent.

Une enquête de routine, pour une inhumaine telle que ma mère ; CUI BONO ? - A qui cela profite t-il ?
C'est toujours la même chose ; le maquillage à ma soeur, l'argent à mon frère, la nourriture à Emmanorexie.

_________Oui, je suis cette cinglée, cette cinglée, en peignoir blanc strié rabattu sur des cuisses barrées qu'elle étale précautionneusement lorsqu'elle s'assoit - pour cacher la présence du bourrelet de petit déjeûner. La Cinglée ;

 

II / AVIS EXTERIEURS    - « Ah. Cette Foille trop maquillée qui habite avec vous, de temps en temps ? Celle qui s'enferme au premier et hante, le temps d'un repas, les sièges à votre table ? »

[Un peu comme une chanteuse d'opéra ratée, si l'on s'y connaît.]

- « Celle qui se laisse rouler dans les escaliers pour descendre mais qui, lorsqu'elle monte, coince ses côtés sur les marches pour s'y appuyer, les escalader avec une prise plus ferme, plutôt, oui. »

Mais, Emmanorexie, résonne-toi : on ne fait pas de progrès, on n'obtient pas de stabilité, on ne devient pas ingénieur informaticienne ou manager sans avancer ; - et je t'assure qu'à baisser son poids et discuter ses petits pois, on n'avance pas.


Dans ta logique à la verticale, il n'y a pas d'horizon, pas d'avenir, pas de passé,
                        juste deux alternatives bénies, enfer et paradis, entre anorexie et boulimie, vertiges et aspirations. Je n'ai pas d'avenir, mais ce point mort laisse libre cours à mon imagination
Ce point mort, où je gète depuis tellement trop longtemps.

- ici, dans ce trou, moi, un jour,

        quand je sortirai ma tête de son moule de fond de teint,

je serai une pute, une princesse, une institutrice, une danseuse étoile, une hôtesse de l'air ou une dresseuse de chats. On m'appelera Sophie-la-tigrée ou Sophie-la-timbrée.

Et je tapisserai ce corridor qui est un tunnel, j'escamoterai les lambeaux de terres et y accrocherai des tables et des lampes. Je suspendrai des chaises, des fauteuils Emmanuelle. J'attendrai que quelqu'un vienne se perdre dans ce terrier à son tour, et lui montrerai mes hallucinations les plus folles, étalées sur des cartes déchirées.  (Surtout si ce sont de petites filles. Ou des lapins, pour mon cirque.)
Parce qu'on a beau dire ; Tout le monde est fou, ici. Et moi, je m'y ennuie, et j'ai perdu l'appétit.

Je dois, je suppose, être la dernière folle encore en liberté - je l'ai senti, ce soir là, en descendant du bus dans lequel je chantonnais, après m'être baignée pour dessiner entre mes jambes l'esquisse d'une virginité. C'était tellement fou ! Je tournais, dans ma robe à pois, et puis, je courais dans mes talons devant l'hopital psychiatrique, la maison des fous - et c'est à peine si je n'entendais pas leurs hurlements. Je tendais l'oreille, pouce et index enroulés comme une mêche de cheveux, en entonnoir, pour entendre la plainte de Marie-Jeanne Enchaînée. Et découvrire avec stupeur que Lucy escalade l'intérieur de mon crâne. Je suis rentrée sous les injures des passants, et, à la maison, mère était si fière de moi, qui avais enfin retrouvé le sourire.
Je ne suis plus une enfant, je suis au lycée. Je suis une adolescente, et je ne compte pas en démordre. Je suis jeune. Je suis foutue. Je passe en première. Je fais des étincelles auprès des membres de la vie scolaire et un malheur à l'administration. C'est les vacances, et on m'invite dehors.

Un jour, j'apprendrai à lire l'avenir dans les tâches de sang au fond de ma culotte ; et si un jour, je maigris tellement que je n'y trouve plus une marque, c'est que je serai finie, qu'il sera temps de se retirer, de se terrer tout, tout, tout au fond du terrier, pour que personne, jamais, Jamais, JAMAIS, ne retrouve l'Emmanorexie qu'ils avaient tant admirée.

Par Emmanorexie - Publié dans : mon quotidien
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Dimanche 28 juin 2009
Tu sais, il faut que tu comprennes ; il y a eu énormément d'amour, ces trois jours - je comprends donc que tu sois perturbée et ne penses sur l'instant qu'à mes baisers. Mais, ce que tu dois considérer comme une preuve irréfutable de mes sentiments, c'est de m'avoir vue manger pour toi. Pas parce que tu me le demandais, non, réellement pour toi. Il faut que tu saches ça.
Jamais pour aucun autre.
Par Emmanorexie
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Dimanche 28 juin 2009
Mon amoureuse et moi, nous avons beaucoup parlé, et convenu que vomir sous la douche, c'était malsain. Certes, l'ambition étant de se purifier, il est bien logique de se pencher sous l'eau qui tombe ; néanmoins, il n'est apparemment rien de plus putride et mauvais que de salir son corps et son esprit là où l'on devrait normalement se nettoyer. J'ai trouvé ça hyper cool, dans sa bouche. C'est parce qu'elle est hyper intelligente.

Vous croyez qu’elle aussi, elle rêve de bonbons acidulés passant ses dents ? Comment ça, ça ne se fait pas ? Il n’y a donc que moi, qui rentre chez moi avec l’espoir de trouver la salle de bain libre ? Il n’y a donc que moi qui considère ça comme une liberté prise sur le monde ? Sur le corps ? Poussons jusqu’à la société ? De toutes façons,


Je lui ai promis de ne plus le faire. Plus jamais ; de lui dire ce qu'il en serait, qu'elle puisse, de quelques mots habiles, me consoler et me dire que oui, elle apprécie mes efforts, et qu'il faut les poursuivre. Je n'estime pas que ce soient de hautes attentes de sa part - et je ne sais si c'est de l'aveuglement, et je tuerais presque à jurer que je ne veux pas vomir moi-même. Quoi qu'il en soit, ce soir, cette délicieuse soirée
accompagnée d'effluves des meilleurs mets depuis longtemps ingérés, de l'une ou l'autre clopes dérobées sur le balcon - je vous quitte d'ailleurs sur ces mots, sur ces pensées d'un sixième article à publier pour défier les démons obèses qui salissent ma journée, pour savourer une clope et me remplir la trachée d'une douce et légère fumée, de saveurs non-consommables et de folies alimentaires. J'ai vu trop ambitieux, j'ai vu trop loin, j'ai vu trop gros. - ou, au contraire, peut-être, cette terrible habitude de fermer les yeux en avalant m'a t-elle fait prendre trop de féculents - je n'avais pas vu, que ce plat se vidait ! oh, il est vide ? Et, même, des aliments rouges.
Des fraises, j'ai mangé des fraises. On avait pourtant convenu, qu'il ne fallait que les épingler. On s'était pourtant dit, que, non, plus jamais d'aliments rouges - ce genre de conneries ne sont bonnes que pour estimer ce qui est sorti, lors de mes vomissements auto-induits.

Aussi, lorsque je vomis, je reconstitue à plat mon repas pour estimer la quantité restante, même si je n'arrive plus à vomir. De là, je compte les calories de la journée qu'il me reste à vider, d'une manière ou d'une autre.

Mon dieu, mais comme j'en ai envie - besoin. Je sens mon estomac, je sens mon ventre, et je devine sous cette fine parois diaphane étirée à l'extrême ce plein ennuyeux dont j'aimerais bien me

débarrasser. Je me sens encombrée, je me sens ballonnée, je suis tourmentée par ce ventre qui prend trop de place - comme une grossesse non-désirée. Je n'en veux pas, meurs, meurs, sors de là ; et puisque ce n'est pas d'un médicament avalé, ce sera d'une purge organisée.

Mais, toujours, il ne faut pas. Parce que c'est dangereux, parce que c'est inutile, parce que c'est fade, parce que ça rend triste, blablabla... Qu'en ai-je à faire, moi ?
Ne connaissez-vous donc pas, ce sentiment de fierté, à la fin ?
Ce doux sentiment d'hamonie, lorsqu'il ne reste plus rien ?
Ces sanglots de fatigue sans larme et ce long sourire déchiré par les morceaux d'aliments semi-digérés et la salive vaguement solidifiés ?
Certainement que non, il ne vaut pas - j'ai déjà besoin d'avaler cette même salive en deux fois, et je m'effraye des quantités considérable qui coulent dans les toilettes, quand j'essaye de vomir sans succès. Recommencer, continuer, ce serait vraiment le pire des excès.

Et puis, il est besoin de le dire, les princesses ne vomissent pas, vomir n'est pas glamour, et s'y mettre, c'est corrompre sa maladie ; c'est s'avouer vaincue - mais, grossir encore ? Je ne veux pas grossir, non. C'est pour ça que je vais vomir. J'ai peur de devoir lui avouer. J'ai peur de ne pas lui dire, d'avoir à lui mentir. Ca m'effraye. De ne pas pouvoir m'en empêcher, tout en sachant que toute la maisonnée va m'entendre.

De toutes façons, je n'en ai que pour quinze minutes. Une clope, une bonne musique, et je m'y rends avant que ne viennent d'autres relents de crises et autres aliments.

Pixies.
Parfois, je pense à toutes celles qui, au même instant que moi, vomissent des repas si variés à travers le monde. Je me dis alors que l'étiquette d'anorexique-boulimique est bien torp réductrice.
Par Emmanorexie
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Dimanche 28 juin 2009
Je vous attends. Je me livre à vous. Je suis au bout de la l'allée rouge, au bord de la rive gauche. Je vous suis dévouée, je vous accompagne le temps d'une soirée, je bois votre consommation,
je vous montre vos achats en sous-vêtements et j'exhibe votre argent au monde violacé de la gente dorée vêtue de pourpre. J'agite les mains au dessus du capot relevé et laisse se coincer mes boucles par la fenêtre, qu'ils encombrent le rétroviseur d'un joli reflet.

Je me plaque contre le parquet bruni par le passage de chaussures pointure 45
qui m'enjambent et me sautent, et je me presse contre votre torse bleuis par mes griffures. Je suis à votre disposition au numéro donné, je suis au bout du fil du téléphone rose. Je suis à vous.

Empaquetage derrière le magasin et choix du paquet cadeau. Echantillon distribué ou tester pour garantir la qualité de la marchandise humaine féminine
- les hommes ne s'y connaissent pas, l'accordance des couleurs, c'est pour les femmes, alors ce sont à elles d'apprécier la couleur de l'extrémité de leur sexe et de choisir le motif des buvards de LSD. Elles savent y faire, elles ont la main, ces vendeuses de charme au coin des rues, dont de col vert brillant des robes émeraude scintille et éblouit les mauvaises gens.


Je viens vers vous, je me livre à vous. Ma tenue semble être propice à ce que vous attendez de moi - mais, Emmanorexie, tu pars bien trop tôt. Une cigarette, ça ne s'offre pas sans arrière pensée. Aujourd'hui, je suis encore tombé sous un ecstasié - le groupe est bien fourni dans mon répertoire - qui m'en a proposé - que j'ai revendue -  maintenant.
Et, aussi, un homme en costume, un voyageur, un parisien, sans aucun doute. "vous n'avez pas l'air d'une mendiante, pourtant" - tu pensais plutôt à une prostituée ? La couche de vêtement n'est qu'une ruse, probablement, pour faire transpirer mon corps obscêne. Remerciements à l'accent noble, desfois que le destin l'ammène à me violer un jour - ça arrive si facilement, ce genre de conneries -, qu'il ne doute pas de la valeur de ma voix.

Oui, de belles paroles ; mais les perles qui sortent de ma bouche à chaque parole, je vous les crâcherai au visage. Il semblerait que je ne sache pas parler sincèrement. Il paraîtrait que mes promesses n'ont aucune valeur, que je suis une femme fourbe sans valeur - sans rien - je n'ai que de la culpabilité, des regrets, des rêves à revendre et un Amour à entretenir. Je fais une bien mauvaise prostituée.
Parfois même, je vous le confis, je me sens en vie.
Par Emmanorexie - Publié dans : mon quotidien
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Mardi 21 avril 2009

CREATE YOUR OWN OUTRAGEOUS INTERIOR

PLEASE,_______TURN THE LIGHTS OFF

BEFORE YOU GET OUT,

             Je ne SOUHAITE pas être une torche amoindrie, témoin patibulaire du passage d'une anorexie flamboyante qui me quitte, me trompe. Je ne VEUX pas être l'une des nombreuses victimes ratées, décharnées désincarnées, réincarnées en misérables spots routiers, dans le tunnel symbolique, symptomatique de la maladie. Je veux mourir, ou suivre, prendre le pas, piétiner les ratées, rouler jusqu'au bout, à une vitesse faramineuse.

 


Attardez-vous autours de moi, avant que je ne m'éteigne, ou portez-moi vers le bûcher du bout de la route. Expirer en volutes de fumée, ça a toujours été mon rêve. J'en soupire de la bile, si vous saviez. Ca me fait toujours ça, les aspirations guimauves et les tons mielleux que prend mon esprit, lorsque mes envies prennent le pas sur mes réalités.

29/03/09     ____________________________________________


- Un tournant de ma vie, une courbe de poids qui oscille autours d'une

ligne imaginaire, un croc dans ma chair et une faucille à même la peau. -

Le genre de dérapages incontrôlables qui survient lorsque pour la première fois depuis des lustres, dans une soirée, vous n'êtes pas la jeune fille qui peut se permettre d'aller nus-pieds parce que ses jambes fauchées expriment le dégoût d'une vie passée dont le goût à tourné - moisi et amertume sur la langue.
N'allez pas nus-pieds lorsque vos jambes, arquées, cisaillées, comme des compas ouverts à s'en fendre coeur et âme, ne peuvent se permettre d'atteindre les genoux et les esprits de ceux qui guettent une quelconque ouverture sans rouvrire les plaies tendrement disposées sur vos cuisses.
Je ne veux pas de vaguelettes sur mon corps, de chaires inutilement gonflées et de renflements non sans rappeler les ballons. Je ne veux pas tanguer et danser en espérant que les branches qui s'étendent autours de moi dans les toilettes m'arrachent quelques lambeaux circulaires ou auréoles de poitrines. Je veux de l'implacable,
de la droiture, et une volonté inébranlable,
qui me fasse revenir au temps des ballons, quand les badots encore m'encerclaient en espérant me voir danser au clair de lune.

Je veux de belles laideurs, excusables en tous points ; de l'anémie, une pillosité qui me réchauffe.

Je ne veux plus jamais trembler et vomir dans les toilettes de quelconques fêtes, en regrettant les rubans croisés autours de mes collants, qui, mine de rien, troués dans toute la largeur, grossissent les amatrices. Je ne veux pas avoir à me cacher, je veux pouvoir afficher ma nudité, sans que les coupures passent inapercues sous les jupes longues et les retours de chairs.


Je ne veux plus de ces cycles mentruels, de ces poids noireâtres. Ma seule aspiration reste le zéro  absolu - Cause one is the loneliest number that you'll ever do -, la position foetale en batonnet grossi par les ématomes, les yeux gonflés et humides, les cils tendus vers le ciel et les jambes qui battent, loin, au dessus de mon lit, comme des ailes de papillons prises dans un éventail.
Par Emmanorexie - Publié dans : mon quotidien
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Lundi 20 avril 2009
« Parce que j'étais maigre comme une biche hystérique,
là, à tournoyer sur scêne dans mon tutu.
»


Entre les chignons originaux des tignasses de ces messieurs, étouffés de perles beiges à l'aspect de répliques, et les crinières de ces dames, hautement relevées d'épingles d'où jasaient des roses pailletées, des cris indignés planaient du sol au plafond - s'incrîminant dans les fragiles oreilles du publique. Des affirmations démenties avec de basses rumeurs, au niveau des boiuches mouchetées - poudrées - de blanc, qui tentaient d'éclaircir l'affaire.

    "mais ses vêtements amples couvraient l'étendue du sinistre !
- oui, des haillons élargis par une grossesse qu'elle aurait eue avec un certain Marquis de G, renchérit un moustachu
- je l'ai vue ! C'était affreux ! J'ai couvert les yeux de ma fille, de peur qu'il ne lui prenne des penchants aussi saugrenus !
"
murmura une dernière, qui, bientôt, se vit passer pour l'une de ces maîtresses qui couchent avec les morts - et se vit pendre, comme de juste.

Les ragots achevant de se débattre sous les talonnettes et les compensés du peuple, un juge à la perruque blonde et bouclée ornée de flots bleus négligemment entreposée sur des épaules affaissées s'avança en titubant sur la corniche. Tentant de reprendre contenance, le rimel au coin des yeux tamponné par un mouchoir brodé et par la main rêche d'un esclave, il décrêta que la séance était ouverte.

    "Que le peuple prenne place, l'affaire sera traitée avec conscience et droiture. Accusé, levez-vous !"

tandis que les cils papillonnaient en tous sens pour éviter de se brûler à la lumière qui cachait le prévenu, une jeune bourgeoise détâcha son fessier creux du banc désigné pour se présenter à la foule.
Un mouvement de recule anima l'assemblée, tandis que l'ube des chapotées crû bon de s'effondrer avec un gémissement et dans un froissement de taffetas au milieu de l'amas scandalisé. Sans tenir compte de l'émoi de la populace, le juge continua son office.


"aux accusations d'atteinte à la pudeur, que répondez-vous ?
"
- coupable,
répondit la maigrelette jeune fille, qui caressait avec passions les rampes de son isoloire.
- reconnaissez-vous avoir volontairement entretenu une apparence laide et repoussante dans le seul but de l'exhiber ?
- oui, Votre Honneur. J'ai arrêté de manger il y a de cela huit mois, et fréquemment entrepris de vomir ma composition interne, et cela sans motif valable.


Le juge leva sa tête vers le ciel, entretenant des tremblements, tout en levant les mains vers le publique en rût. Il hurla avec une conviction inégalable, qui avait fait de lui le juge populaire aujourd'hui reconnu et admiré de tous :

    "vous, qui avez délibérément horrifié le peuple par votre maigreur insultante, oeuvrant dans et pour le malheur, telle une furie hystérique, rejet, lie d'une société, qui, non content de ramper à terre, refuse la nourriture qu'on lui jette et vient se frotter aux chausses des braves gens !
Créatrice de misère, jamais la lumière ne pénètre en tes murs, prostituée de peu de mérite, aucun homme ne s'est approché de ces repoussantes enveloppes. Pour le monstre que vous êtes devenu, sourir tiraillé et ironique sur une caracasse d'épines affichées à l'extrême, il n'y a qu'une seule rédemption possible, l'acceptez-vous ?
- Oui, Votre Honneur
- Qu'on lui coupe la tête !
"
fût le cri qui jailli de la foule agitée d'une extase spasmodique, avant de s'emparer de la jeune fille, comme un seul homme - le bras la tirant de son isoloire, alors même que la jambe entâmait une procession vers la place publique, avec force de chants païens. Tandis que la bouche crachait sans vergogne sur la coupable, qui se réfugia au creux de la planche de la guillotine, le bourreau, voilé, dessinant un glaive à une Agora encore trop innofensive, s'approcha de la victime en devenir. - approchant, accrochant le levier, il remplit son office, ses muscles saillants palpitant au son du cri d'agonie.
Une fois le corps jeté aux charognards des spectateurs, le bourreau se baissa et recueuillit la tête à même le panier d'osier pour la porter à la balance à grammes, quelques mètres plus loin.
De là, il se tourna vers la Ville, et hurla d'une voix rauque :

    "L'exécutée fût une perte bien légère !"


Et tandis que la rage du peuple, attisée par cette annonce, priait le résultat précis, le bourreau poursuivit avec le montant indiqué par la machine.
Quelques instants plus tard, porté par les épaules de ses congénères, un homme hurla :
    "c'est moi ! Je suis le numéro 8 ! Cette tête est à moi !"

Il est toujours bon de compter la tête d'une anorexique parmi ses trophées ; il paraîtrait, par contre, que de leurs corps, elles sont bien moins douées, et qu'il n'est jamais doux d'avoir une folle dans son lit.

Je ne me fie plus aux rumeurs.
Par Emmanorexie
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Dimanche 15 mars 2009
Emmanorexie is slowly getting thinner again.
                                              Do you like it ?

Par Emmanorexie
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Mercredi 25 février 2009
J'ai perdu le goût. Je ne sais pas où, ce serait idiot, rien que de se poser la question - j'hésite, je le croyais bien callé, entre le creux de ma poitrine et le renflement de ma veste bombé - je pensais qu'il y serait, que je n'aurais qu'à poser la main sur mon coeur lorsque l'un ou l'autre scenario saisirait mes tripes.

Mais j'ai perdu le goût. J'ai beau découper dans mes intestins pour en raviver la flamme, ça ne fonctionne plus.

J'ai oublié, le goût de la mécanique froide et frigide, son poids dans une carcasse fine - et je n'ai plus que la rouille qui saute et se colle aux parois de mon visage, la quincaillerie qui se réveille dans un grincement lancinant et se rappelle à moi - digérer n'est pas une mince affaire.

Le temps est passé, je ne savoure plus, je n'apprécie plus le jeûne comme je le faisais, il n'est pas l'objectif final pour lequel je livrerais tout - et ma perte, je la passe en mangeant pour ménager mon entourage et ne pas m'isoler. J'ai perdu le goût, probablement, quand j'ai commencé à cotoyer les vaches sacrées du monde mortel, leurs recettes hasardeuses et leur appétit pointilleux.

Je n'ai plus le goût, je ne sais plus ce qui est bien pour moi. Je ne perçois plus les rayures à travers les tissus et les graisses à travers les vêtements. Je ferme les yeux et j'ouvre la bouche, déchaînant les tempêtes culinaires sur mes papilles, en crevant les aspérités, en brouillant les textures, en profanant les talents. J'en trompe les habitudes, et je dissimule la réalité, en ouvrant la bouche, comme on fermerait les yeux.

L'anorexique n'appartient pas à un monde de couleur et de saveur.

A fumer, aussi, le goût se perd. Et s'il n'y avait que ça. Il me faudrait dix ans pour le retrouver. Et encore.
   


Par Emmanorexie
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Mercredi 25 février 2009


Je suis dans un tel délire que j'ai du mal à différencier mes orteils des cheveux coupés à terre. Dieu chante des cantiques à mon oreille. Mais s'il n'y avait que ça. Tout le monde me parle - pourtant, ils savent pertinemment que je n'en ai rien à foutre, de leurs péripéties du clair-obscur ? Je me souviens les paris idiots. "Cette nuit, je sortirai seule, sans l'accord de personne, à minuit, et je chanterai 'rape me my friend' aux cailloux du gravier" - la douce musique de l'interdit et la plainte des cailloux - tais-toi, hérétique. J'entends encore les plaintes de ma mère, lorsqu'elle a lu. Je connais aussi les cris d'émerveillement à la simple évocation d'anorexie dans une rédaction de français. C'est tout simplement de la triche, de l'originalité sur la plus petite des surfaces, et du sous-entendu coincé entre les côtes. Avantagée, élues, plus proches du ciel que n'importe qui, plus légères, plus pures. Les anorexiques doivent être des déesses, sinon, je ne comprends pas - pourquoi des cloches à mes lobes d'oreille ?

CHUT : Vous ne m'écoutez pas pour de vrai, vous n'entendez que les allusions qui vont flattent, et tant mieux, parce que, dans votre lucidité, si vous jetiez un oeil à mon visage, bons petits délinquants que vous êtes, débauchés à vous pavaner et à exhiber votre corps à mon regard, vous sauriez qu'il est imparfait - mon visage ! - et la palette de couleur dans mes yeux, vous vous apercevriez qu'elle est bien maigre, pixelisée, carrée, préfabriquée. Aucune importance ! Si ? De toute façon (vous m'aimez, c'est tout ce qui compte), vous n'aimez que le rose. La mouche t'enmerde. Mais tu ne la reconnais même pas, si ? Tu as oublié le son de ta voix, perdu entre les enceintes qui attiraient ton attention - la mouche, tu sais ? Celle qui s'exctasiait à ton oreille, pendant que toi, tu étais tout au PQ à répandre sur ta caisse, parce que, bordel, un party comme celle-ci, ça se fête.

Je ne m'y trompe pas. Vous ne me voyez pas. C'est le relief de l'abdomen de la cigale, qui vous fascine, vous capture les pupilles. Sinon, vous sauriez les déchirures sur ma peau. Les marques violacées. La texture rêche. Mes hurlements lorsqu'une inatentive effleure les nouvelles, dans les vestiaires - et rire - mais c'était pour rire ! Je t'ai fait peur, hein ? - et moi donc. Vous verriez les cheveux qui tombent, la salive qui afflue, 'luisante dans mon gosier', parce que vomir, ça te vide de tes fluides, c'est mauvais pour son karma.

Mais je n'en peux plus, de parler des conséquences ! J'en ai assez, de me plaindre, de rabâcher, pour qu'enfin, vous compreniez ! Vos remarques, je ne les écoute plus non plus ! Alors, je me demande juste pourquoi nous communiquons ? Je me demande, parce que, dans ma grande beauté, vous êtes le sujet de prédilection de mes réflexions nocturnes.
Non, je ne dors pas. Non, je ne peux pas. Somnifères ? Jamais. Si, un peu, je le reconnais, mais le coca, ça aide à tenir - TA GUEULE. DIEU PENSE A TOI.


J'entends le cliquetis des talons qui me perce la cervelle.
J'écouterais bien les gouttes d'eau tomber jusqu'à ce que la lune me parvienne, mais je crois que le sol se creuserait sous mes hanches avant qu'elle n'aie atteint l'horizon crépusculaire. Quand au cigare, il se sera pris dans mes cheveux, parce que je ne sais pas prier et conserver mes cheveux couvenablement droits, comme je le devrais.

Je m'installerai dans un champs, avec des chaises en plastique, une arche et des gants de princesse. Je jouerai à cendrillon à Disneyland, à la pute dans la rue, à la bonne copine dans ton pieu, je ferai n'importe quoi, de toute façon, les grandes aspirations ce n'est pas pour les tuyaux encombrés de gerbe. Tu comprends ? Tu comprends, n'est-ce pas ? Tu comprends que j'en ai assez ? Que je n'en peux plus d'entretenir des relations, je faire l'effort de bouffer, jour après jour, parce qu'on ne veut pas me voir crever ? De faire l'effort de vomir ce que j'ingurgite le soir, pour que ma survie ne soit pas veine, mais plutôt vouée à la beauté ?


Je ne veux plus. Ni écrire d'article pour me plaindre, me raconter, ça n'a rien de profilique. Je n'ai plus d'image. Je n'ai plus de représentation. Je n'ai plus d'appareil photo. Je n'ai plus d'amants. Je n'ai plus de poudre blanche sous les narines. Je n'ai plus envie de sortir. Je n'ai plus envie de répondre. Je n'ai qu'une envie, celle de fumer, et à l'heure où j'aurais enfin pû m'adonner à ce délice en lui-même, mon paquet est vide et mes lèvres sont gercées.


Désolée, S., j'ai mangé comme une grosse ; mais ne t'inquiète pas, si je vomis, ça ne changera rien. Je resterai obèse, et tout ira pour le mieux, sans que mort s'en suive ou que cela porte préjudice à quiconque.

Parlons-en, des préjudices ! De la justice ! Je vous y trainerai tous, pour m'avoir piétinée ainsi ! Vous ne compreniez déjà pas, à cette époque reculée, que j'étais trop large pour rentrer dans ce coin. Alors, il m'a fallu maigrir, m'en aller à l'hôpital, et me creuser pour rentrer dans le trou.

je n'avais pas peur : il y avait le compas (le plus drôle, c'est que l'humour des adultes ne s'applique pas aux anorexiques suicidaires - ou au moins masochistes), le clown, les ballons, et le chat dans l'arbre. De toute façon, pour les autres, AM est un mantra, et Mia un cri d'assaut des petits plaisantins.

J'ai besoin d'images, de jets d'eaux dans l'herbe après avoir fait l'amour, de ballons et de pieds nus après avoir dansé, de danse lascives après avec mangé, et des noyades.

Je ferai le plein de cauchemards, et lorsque sous les masques leur horreur me sera dévoilée, je ne vous montrerai dans mes prunelles que le brillant de la vie. Tout aspirés que vous êtes, je vous écraserai contre la masse de mon cerveau. Et j'écrirai des lettres, partout, à n'importe qui, parce que je déconne tellement que je ne suis pas sûre de tenir ma relation stable. J'ai peur, putain, fait chier, quand même, ça faisait deux ans, encore un peu et j'aurais réussi - mais là, j'ai peur, j'ai envie, et je vais prendre du LSD.
Par Emmanorexie
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