vérités & verdicts

Lundi 13 décembre 2010 1 13 /12 /Déc /2010 18:49

 

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Si il s'avérait qu'un jour où je serais plus débraillée ou imbibée que les autres, le diable venait à ma rencontre à un croisement de routes, je ne saurais que lui demander, pourquoi le prier ; lui demander de me faire artiste, certes, de me donner le don de jouer de la guitare mieux que quiconque ailleurs. Mais quel intérêt, si mes doigts, loin d'être à l'image des pattes d'araignée, demeurent hideux et boudinés ?

 

 

Que celui qui a proposé l'idée de repas de société se dénonce, qu'il soit jugé

            et puni à la mesure de son horreur.

Il m'est si difficile de lier la vie en communauté à celle, plus libérée, d'anorexique décharnée. Un refus, loin d'être symbole de réserve, ne serait preuve que d'un manque de volonté manifeste à se mêler à la foule. C'est malheureux ; mais étant naturellement pourvue d'un physique si disgracieux qu'il me fait paraître hautaine, froide et dédaigneuse, je ne peux me permettre de refuser. Je suis généreusement conviée à une débauche œsophagienne par une horde de ventres avides qui ne feraient que se moquer de ma pudeur si j'osais émettre un gémissement de réticence.


Quelle angoisse, déjà, de la journée à venir, alors que je parviens seulement à noyer mes rencontres, mes échecs ou mes réussites mitigées dans des flots miraculeux de liqueur de mirabelle et de musiques insupportables de perfection. Où s'en est donc allé ce navire qui m'éloignerait des remarques plates quant à mon absence évidente de hargne ou de ténacité ? Où est donc le havre, cet endroit frauduleux hors du monde qui me permettrait d'échapper quelques secondes à cet impétueux flux d'épreuves qui se succèdent à une vitesse telle, que, vues du ciel, elles doivent paraître plates, si faciles à surmonter ? tumblr_l2qbkcsbDu1qzv83io1_500.jpg

Du haut de mes 17 ans, je ne peux que supposer qu'il se cache dans quelques endroits qui ne me seraient accessibles qu'à ma majorité ; et s'il s'avère qu'au final, je ne le trouve pas, c'est qu'il n'existe pas. Je me contenterai alors d'un appartement peuplé de plantes vertes et de réfrigérateurs anorexiques à mon image. Froids - ou vides - bien sûr.

Quelle tristesse, déjà, de me borner à n'aligner que des constatations et des espérances - mais y a t-il quoi que ce soit d'autre ? Contre qui déverser ma rage, à qui réserver ma douceur mielleuse. Moi, mes héros sont morts, noyés dans leur vomi, ou tout juste maintenus en vie par des perfusions. A mon image. Ombres - ou cadavres - bien évidemment.

Je me fais hésitante, mais, "Ai-je besoin de te le dire, à toi, qui as souffert de me voir passer de la tristesse à une joie extravagante, de la douce mélancolie à une passion furieuse ? Aussi, je traite mon cœur comme un petit enfant malade. Ne le dis à personne, il y a des gens qui m'en feraient un crime."

 

Et pour n'être pas jugée lâche, je réserve un traitement plus dur à mon corps. Les contemplations, dans le miroir, au retour des cours, se font plus longues ; de même que la liste de mes défauts, que  je pourrais énumérer et compléter sans jamais m'ennuyer.


Cheveux trop blonds, pas assez naturels, trop épais, trop plats, trop abîmés, trop rêches, trop courts. Front trop proéminant, trop large, trop court, trop blanc, trop brillant, trop mal maquillé. Regard trop vide, yeux trop petits, trop ternes, trop ronds, trop moches. De la tête aux pieds. Et ce constat déplaisant entretient mes rêves de lendemains moins moroses comme ma passion du sommeil. Peut-être qu'un jour, au réveil, il en sera autrement. Peut-être que cette carcasse se pliera selon ma volonté, à mon image.

 

Et peut-être qu'alors, je pourrai envisager les pires folies, les plus belles entreprises, les concessions les plus osées, les confessions les moins raisonnables - et échanger mon âme, pourquoi pas - pour me construire un monde à mon image.

Par Emmanorexie - Publié dans : mon quotidien
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Mardi 7 décembre 2010 2 07 /12 /Déc /2010 21:26

Je perds mes mots, mon style, ma verve, selon vous ? Je m'avachis, je vieillis, je ne suis plus bonne à rien qu'à tirer un petit coup "comme au bon vieux temps", dernier frisson après lequel, pour disparaître dignement, pour m'éteindre et me faire oublier sans honte, je devrais rester allongée, cachée sous un drap blanc ? Ma peau n'est-elle plus assez colorée, mes ongles ne sont-ils plus assez cassés pour retenir votre attention, monstres d'ingratitude ? Monstres d'ingratitude, monstres d'ingratitude !

Je vous interdis de vous complaire dans la nostalgie, d'idéaliser mon passé, de pleurer ma gloire, mon corps de rêve, mes ambitions folles, et de déchirer ma merveille d'existentialité avec vos ongles rongés de l'impatience du retour d'une Morte toute en pâleur qui s'est avérée plus charnue et vivante que prévue.

Moi, je vous emmerde ; mon écriture va très bien, merci. Et si cela ne vous plait pas, vous n'aviez qu'à pas continuer à m'attendre - parce qu'il faut quand même être sacrément taré pour s'arracher les nouvelles d'une silencieuse de plus de deux mois. Je vous emmerde ; toute bouderie est inutile.

Je suis chagrinée, tout de même - votre imagination s'est-elle éteinte si rapidement, qu'à moins que je ne l'écrive explicitement, vous ne soyez capables d'envisager les plus belles mises en scène ? Je suis déçue, quand même : n'auriez-vous pas été rattrapés par l'âge, en mon absence ? Votre immense appétit écœurant me sidère ; vos moues dégoûtées devant ce qu'on vous propose m'ennuient.

Mais je peux toujours coucher avec vous, si vous voulez. "Comme au bon vieux temps". Mais, essoufflés que vous êtes, fins de parcours, je ne suis pas certaine que vous soyez éveillés le lendemain pour apprécier mes répliques acerbes et mon acidité.

Par Emmanorexie
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Dimanche 5 décembre 2010 7 05 /12 /Déc /2010 22:28

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Dans mon monde, les théières parlent pour m'intimer au silence :

il ne faut surtout pas dire que les gateaux supplient d'être mangés, c'est un secret.

 

Dans le plus ancien de mes journaux intimes, le premier que j'ai conservé sans crainte, sachant pertinemment que chaque membre de ma famille l'avait déjà parcouru de long en large, pris d'un accès de cruauté et de curiosité, je rédigeais avec un soin tout particulier que lorsque j'aurais dix huit ans, c'était décidé, je m'enfuirais, je partirais de chez moi, parce qu'à cette époque, j'étais sûre de ne plus avoir à m'inquiéter d'être arrêtée en quelque lieu malfamé qui renseigneraient ma mère sur mes tendances singulières à la prostitution sous prétexte d'un âge insuffisant.

 

Je veux partir, maintenant, bientôt, quand ce sera le cas, quand je le pourrai, au Royaume-Uni, pourquoi pas, lorsque je me serai amusée à fêter ma majorité avec certains et à la pleurer avec d'autres. Je veux avoir le loisir de parler anglais quand il m'en prend l'envie, mais aussi de pouvoir chanter du Barbara dans la rue, ma voix plus que douteuse alors compensée par un accent français parfait.

Je veux pouvoir être raccompagnée chez moi lorsque j'ai trop bu, et réserver la baignoire à mes régurgitations passagères, lorsque j'ai trop mangé. Je veux pouvoir choisir un réfrigérateur à la mesure de la taille espérée de mon estomac, je veux pouvoir le remplir à la mesure de mon appétit effectivement dévorant. Je veux accrocher sur des cintres mes vêtements à fil de fer qui traverserait ma chambre, pour que je puisse juger d'un coup d'œil ce qui est boudinant sans afficher à tous la quantité monstrueuses de tenues que je ne peux plus porter depuis des années.

N'est-ce pas ridicule, de conserver une garde-robe taille trente deux, aujourd'hui encore ? C'est le genre de comportement qui vous assignent à la place de la personne prise en pitié ; celle qu'on appelle "mon cœur", celle à qui on cache les yeux quand on passe devant un étalage de bouquins qui recommande le régime Dukan, celle que l'on détourne des magasins qui taillent avec parcimonie en discutant tarte au citron, pour qu'elle se repaissent d'espoirs injustifiés quant à sa silhouette de guêpe qu'elle ne retrouvera jamais.

Je veux m'amuser des surprises sur le visage des hommes qui constatent les cris d'une étrangère dans leur lit. Je veux prétendre qu'en France, tout le monde s'embrasse sur la bouche pour se dire bonjour, et mange des cuisses de grenouille au goûter, parce que ça entretient la longévité.

Je veux pouvoir boire du thé drainant à toute heure, et même pouvoir le commander sans que quiconque considère ça comme déplacé.

 

Je ne vois décemment pas comment je pourrais me passer de telles installations, tellement propices à la satisfaction du corps, quelques années encore. Je suis lassée de taire mes conversations avec les aliments et les objets ; je veux habiter seule, pour donner libre cours à nos dialogues fous, et me concentrer sur les avertissements du chocolat : "ne me mangez pas".

 

Par Emmanorexie
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Dimanche 5 décembre 2010 7 05 /12 /Déc /2010 20:39

7c11458689b4865c5f339bdfebf8fc7e579a3eb0_m.jpg J'en suis arrivée au point où, lorsque je me réveille, le matin, le flot de ces paroles vomies semi-conscientes sans queue ni tête m'écorche les lèvres par habitude, tandis qu'une voie douce et rassurante me murmure, sous mes sourcils blonds, dans mon crane blanc, que si je ne prononce pas le nom de toutes ces créatures qui ont hanté mes rêves, elles me tortureront toutes la journée aussi.


Or, je ne suis définitivement pas en état d'affronter les sphinges et les monstres cornus qui cousent mes doigts avec des cœurs de fleurs durant mon temps d'éveil également ; ces monstres affolants ne peuvent subsister la matinée arrivée. Je n'ai ni alliés, ni armes pour les évincer, les extirper de la réalité - et caresser toutes ces petites créatures pressées contre mon cœur en journée n'arrangerait définitivement pas mon image en société.

Si j'étais un peu plus folle encore, peut-être que je verrais tous ces cauchemars que je murmure à mon plafond, les yeux semi-entrouverts, chaque matin ; peut-être que je m'apercevrais de la qualité de ces images. Peut-être que je les recueillerais, parce que les sylphides de nuit ont toujours été préférées aux humaines pour ce qui est de la peinture.

 

Pourquoi se plaindre alors ? La chance de pouvoir dormir la nuit n'est-elle pas suffisante ? Et puis, la neige est si belle dehors, support idéal aux dérives les plus folles, qu'il serait idiot de se focaliser sur les délires d'un esprit malade au repos. Concentrons-nous alors sur la réalité, alors, cette belle réalité à laquelle il est si difficile de fixer ses pensées...

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Aujourd'hui est le dernier jour ;  Demain, ma mère me met au régime. - quelle initiative douteuse.

En amatrice déconsidérée d'Amélie Nothomb, comme toute anorexique qui se respecte, je ne peux m'empêcher d'y associer une référence à son dernier (ou avant dernier) livre. Te souvient-il cet éloge des représentations des derniers repas de condamnés, qui se voulaient simples, faits de frites et de chocolat ? Cette raillerie sur la naïveté de leurs commandes ? Quelle étrangeté, de juger la veille de sa mort encore, l'alimentation d'une personne. Quel entêtement, dans le désir de détraquer les estomacs et les cervelles, même du dernier des tarés, du dernier des condamnés.

Demain, ma mère me met au régime ; je vais probablement pêter complètement les plombs, mais ça passera, ça lui passera, elle arrêtera - moi, je ne sais pas.

Ce soir, c'est mon dernier repas. Un hamburger, avec du ketchup tout rouge - elle s'est moquée, avant de ne se jeter avec une agilité toute détraquée sur les placards pour en sortir les derniers carreaux de chocolats, jusqu'à construire une pile immense, sur la table, qu'elle m'a faite dévorer avec application et satisfaction "parce qu'il faut bien en profiter, avant d'en être privé". Te souvient-il avoir pensé un jour, que tes parents devaient être bien aveugles, pour ne pas constater les quantités de nourriture que tu ingurgitais, devant leurs yeux, lors de dérapages, d'imprévus, de crises surprises qui s'imposaient ? Tu t'es trompé. Leurs yeux voient clair ; moi, je crois qu'ils trouvent juste ça incroyablement sain, pour une gamine de cet âge, de céder à la tentation, de s'offrir "une petite gâterie", les porcs.

Le vocabulaire n'est là que pour nous rappeler le paradoxe existant effectivement entre horreurs vicieuses et nourritures ; jusqu'au verbe engrosser.

Demain, ma mère me met au régime, ce soir, elle me fait exploser de trop-ingurgité. La réalité me fait quelque peu déchanter ; je m'attendais à ce qu'elle soit supportable, mais aussi mieux organisée. Quels repères ici pourrais-je adopter ? A qui se fier ?

 

Je vais arrêter de laisser la paranoïa l'emporter ; me contenter de la musique, des dieux qui la régissent, et de la clope qui me permet de soutenir leur éclat sans pleurer d'émerveillement. - A force d'écoute, mes yeux seraient rougis en permanence, et alors que je découvre que le bleu à son intérêt sur mes paupières, ce serait atrocement triste, tout de même.

Quel besoin reste t-il de fuir ou le rêve, ou la réalité ? Robert Plant sait chanter, son nombril n'est comparable qu'à un soleil (et ça, moi, j'aime bien) ; cette situation me paraît, somme toute, particulièrement enviable, finalement.

Pourrait-on rêver de mieux ?

Par Emmanorexie
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Mercredi 6 octobre 2010 3 06 /10 /Oct /2010 23:16

Il y avait tellement longtemps qu'on ne m'avait pas traitée de pute que j'avais presque oublié ma vraie nature.

J'entre dans mon enterrement de petite fille ; reste à savoir si je suis supposée renoncer au huit que je voulais graver sur mon ventre parce qu'il a perdu sa signification lorsque j'ai perdu les bras qui abritaient ce rêve, ou parce que le support n'est pas dans un état suffisamment décent pour que je puisse justifier avec foi ce choix comme un petit plaisir que je m'accorderais, à moi, pour moi. Quel dommage que ma condition soit telle, aussi, que grignoter des sucreries d'un air mutin ne serait perçu que comme la confirmation du manque de volonté des femmes obèses, de leur complaisance dans leur pathétisme. Triste, aussi, que les robes blanches de petites filles ne tombent pas sur mes hanches - bien au contraire, elles s'y arrêtent, les enserrent, les étranglent, exhibant leur existence répréhensible à la face du monde.

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Je me sens rescapée d'une guerre des corps, rescapée vouée à l'ennui et l'insatisfaction à son sortir - ah, il est loin, le temps de la stimulation perpétuelle, de l'excitation de tous les instants.

Ce conflit, appréhendé mais incompris des éléments extérieurs, reste pourtant si vivace dans ma mémoire. Pourquoi en faites-vous donc si peu de cas ? Comment pouvez-vous vivre sans cette exaltation, alors que la nostalgie parvient à peine à me soustraire à cette mort d'ennui dont je vous suppose victime depuis des années ? Comment pouvez-vous ignorer ces combats qui font rage sous certaines rotules apparentes, ces pointes hérissées qui percent les vêtements, pointé sur vos coeurs, appelant à vos sentiments ?

Moi, je ne peux pas aller de l'avant. Je suis inadaptée à une vie en société correcte, et mes vêtements amples de guerres ne se pretent pas aux amitiés.

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Alors je rêve, dans ce délire de tabac, d'alcool et de pilules amincissantes, qui nous tenaient debout, sur le front, et nous permettait de lutter. Je laisse la torpeur m'envahir, je rêve de ventres de femmes enceintes recouverts de tatouages verdâtres, de baignoires dans lesquelles grandiraient des algues, refuge d'un monde qui, à l'image de celui des vikings, se hisserait au sommet de la végétation dans un globe parfait, et d'hommes aux nombrils dorés, qui sauraient embrasser. Je joue au tarot avec mes compagnons rescapés. On parle de l'ancien temps. On discute. On regrette les mortes sur le fronts. On pleure un peu, on se frotte les coudes. Et on s'offusque.


On trouve ça incroyable que même dans sa propre maison, son foyer, son refuge, on ne puisse pas vomir librement. Les contraintes imposées à l'extérieur devraient être absentes entre ces murs. Qu'on ne nous reproche pas ensuite de ne pas faire preuve de spontanéité, quand on brime tous nos élans gastriques Qu'on ne nous reproche pas par la suite de nous réfugier ailleurs, dans d'autres mondes ou d'autres arts. Qu'on ne nous reproche pas alors de ne pas être parfaites, lorsque les domaines dans lesquels nous excellons ne sont pas reconnus.

 


On refait un monde où ce qu'ils ont appelé "la maladie du siècle" suscite encore de l'intéret. On s'amuse à reprendre les armes, avant de ne les reposer, le bras las. On vomit, histoire de garder la main, on ne sait jamais, ça peut toujours être utile.

Gueules & Corps cassés.

Par Emmanorexie
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Mercredi 30 juin 2010 3 30 /06 /Juin /2010 16:04

La fable du chêne et du roseau, quelque part, ça ne serait pas une pâle tentative de dissimuler l'amour universel de ce qui est fin, menu, maigre et mignon sous une apparence de morale correcte et réfléchie ? C'est odieux.

Par Emmanorexie
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Mercredi 30 juin 2010 3 30 /06 /Juin /2010 15:48

fsghj.jpg Je t'ai désiré, lorsque l'emprise de tes côtes était encore la seule qui puisse me paraître sûre et véritable. Je t'ai désiré quand j'ai vu que tu savais onduler du bassin mieux que personne - mieux que moi, et rouler de la main gauche uniquement, avec ces cinq griffures que tu gardais en permanence sur tes phalanges apparentes et rognées par les coups de rages que tu donnais dans les murs - ou dans les filles qui ne te satisfaisaient pas. J'ai beaucoup aimé, ces tours de magie, ce rire fou et furieux, et ces tics musculaires sur ton torse sous mes mains. Tu m'as donné beaucoup de plaisir, et je t'en étais reconnaissante, sans considérer que tes tromperies étaient pires que les miennes sous prétexte que tu étais conscient et te les tapais pour te vider plus que pour l'argent. Je ne t'en ai jamais voulu, je ne t'ai même jamais considéré comme un sale type.

C'était toujours un plaisir de revoir ton visage osseux et ta peau basanée. C'était toujours doux, de reconnaitre ta barbe à peine rasée contre la peau de mes joues. Et cette pointe de jalousie, devant le piquant de tes genoux, et cette pointe de dégout, devant cette langue que tu fourrais n'importe où.

 

 

Aujourd'hui, tu es trop loin de moi pour te permettre de telles familiarités. M., tu sais, ce ne sont pas des manières de me traiter, moi. Ce ne sont pas des manières de vivre près de moi.


 

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'Y'en a eu plein, qui sont passés après moi, hein ?'

Ce n'est pas comme si les rognures de ton espèce rechignaient à passer sur les vermines de la mienne. Ce n'est pas comme si c'était un tare, de se faire les déchets de mauvaise qualité, quand il n'y a rien de frais sous la main.


'Je te laisse reflechir'

Mais quel honneur ! Mais quel bonheur, de savoir que tu me donnes le droit, à moi, de m'accorder un temps de reflexion pour savoir si je veux me frotter à ta crasse. Pour savoir si je veux mêler nos deux moisissures, si je veux créer une harmonie de bleu-froideur et vert-vomi entre nos deux carcasses.


Je suis flattée, que tu m'accordes tant d'importance. Que tu me laisses quelques jours, durant lesquels tu extirperas, toi, du fond de ton répertoire le nom de mes anciennes copines, de tes anciennes copines de baise, pour te les faire, l'une après l'autre. J'en suis touchée.


M., tu es le plus beau connard que j'ai jamais vu. Tu ne mérites rien. Tu ne mérites rien. Et j'espère sincèrement que tu crèveras saoul sur ces rebords d'autoroute où il te plait de dormir après une soirée. J'espère profondément que tu mourras dans ta gerbe, le lendemain matin, comme tu t'habitues à le faire, depuis quelques années.
Imposture. Je n'y crois pas. Quel homme es-tu pour me raconter de telles horreurs avec un tel sourire ? Imposture. Il n'y a rien derrière ton visage creux, qu'une promesse d'horreur maladive.

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Imposteur. Tu n'es pas celui qui brillait il y a quelques années encore.

Tu étais bien mieux en charogne qu'en charognard. *


* Mais je suis bien trop lâche, et j'ai bien trop peur d'avoir besoin de toi un jour pour te le dire sincèrement, en face.

Par Emmanorexie - Publié dans : lettres
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Mercredi 30 juin 2010 3 30 /06 /Juin /2010 14:46

Je n'ai toujours pas compris pourquoi, alors qu'une telle quantité de liquide s'échappe de mon corps, ces menstruations s'obstinent encore et encore à défier cette logique imparable et incontestable, dont j'ai toujours fait preuve - brave fille - qu'elle est raisonnable ! - c'est bien la plus sage des trois - dans le seul et unique but de me faire prendre du poids.  

 

Misérables menstruations ! Faut-il avoir eu une vie lamentable, pour s'acharner ainsi dans le ventre de jeunes filles innocentes, qui n'avaient rien demandé que des vacances ordinaires, où l'eau ne lavait pas les taches, mais enveloppait les corps de sirène, où les ballades à cheval n'étaient pas encore proscrites, quand le blanc se portait tout l'été, sous forme de petites robes volantes uniquement salies de jus de mûres ou de tâches de thé.

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Ce genre de choses m'obsède terriblement. Il faut dire que je n'ai plus tant à faire ; j'ai réussi mon année, j'ai passé mon bac de français, j'ai organisé mes prochains mariages d'argent - avec beaucoup de succès. Et je m'ennuie, maintenant. Je m'ennuie terriblement ; j'en viendrai sûrement à remercier cette horrible douleur, qui me donne le loisir de rêver d'horreurs tandis que je m'effondre sous la chaleur.

 

Comment tromper l'ennui ? Puisque je sais bien, maintenant, qu'il est impossible de combattre ; ne reste que l'idée de s'imposer des tâches herculéennes, donc je ressortirai grandie - ou amaigrie.

 

Je veux un poisson rouge - ou deux - ou trois, je n'ai pas encore décidé, finir ce dessin que j'ai peine à commencé. Je veux ranger mes tampons et mes serviettes par taille et par couleur, pour qu'un magnifique camaïeu, un arc-en-ciel, m'accueille, alors que je ne pourrais pas aller plus mal.

Boire, un peu, se débattre, entre sa féminité qui s'étiole lorsqu'on marche pieds nus et sa force qui s'envole quand on glisse de tous côtés, sur tous les moyens de transports possibles et imaginables - offrant son rire aux autres, ne conservant pour soi que quelques bleus à l'aspect disgracieux.

Plaisanter, en espérant que cet intérêt feint ne sera pas pris pour de l'intérêt honnête, parce que repousser un amant, c'est perdre un ami - quelle tristesse. Mais plaisanter assez tout de même pour boire encore. Pour se faire acheter à boire ; - discutez de la qualité de mon gin fizz auprès du barman, je garde votre whisky. Il est vide, pardon - oui, je vais patienter avec ceux-là, alors.

Et mon gin ? Ah, merci. C'est vrai qu'il est meilleur. Je regretterais presque de le boire d'une traite !

Et rire, encore.

Une petite promenade de santé - pieds nus, encore, traverser toute la ville, c'est long et c'est douloureux. Heureusement, l'alcool atténue mes souffrances, et R. est un amusant compagnon de route. D'accord, il porte des chaussettes de ballerine, comme un homme trop propre sur lui, mais il est gentil, et il a son propre appartement.

C'est un garçon charmant, je ne le connaissais pas, et il m'a laissé dormir dans son chez lui, m'a laissé son lit deux places pour moi toute seule, et m'a parlé de Sarah, son amour de jeunesse, tandis que je  buvais son thé et mangeais une demi-part de sa tarte à la rhubarbe.

Une soirée et un journée - le temps de récupérer. C'est bien peu. Et tout cela reviendra bien cher bientôt, alors que faire ?

Maman commence à s'inquiéter pour moi, sa fille lui fait peur, à déambuler ainsi dans la maison, attendant sagement qu'on vienne la chercher. Maman, ne t'inquiète pas, si mes yeux sont rouges, ce n'est pas que je pleure, c'est juste que j'attends, tout le jour et toute la nuit.


Calme tes angoisses, Maman, on m'invitera bientôt pour un petit déjeuner dans l'herbe, et j'occuperai mes mains et mon esprit à faire des châteaux de carte.

 

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Je n'arrêterai pas de fumer cette année. Je me suis même mise aux cigarettes roulées ; elles, qui durent plus longtemps, et prennent du temps à préparer. Les jolies photos de femme à cigarette, ce n'est pas pour moi.

Les grosses vaches fument de l'herbe, un point c'est tout.

Par Emmanorexie
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Samedi 13 février 2010 6 13 /02 /Fév /2010 23:16
perdue-12.jpg Je vous ai déçus, oui, je sais. Je cumule, même. Ca n'est ni la première fois, ni la dernière.


Mais moi aussi, on m'a trompée. Sans folie, sans alien dans mon jardin, je peux le dire, je l'affirme, et j'ai raison, puisque je suis la seule à savoir ce que je pense avec précision : on m'a trompée. Encore et encore, toute la vie durant, ils ont bercés mes oreilles de mensonge, parce que davantage que le Vivaldi, ça rendait intelligent. Et c'est vrai, c'est que ça grouille, ça s'échauffe, là-dedans, dans mon crâne, ça n'arrête pas, les idées tordues et les volontés de vengeance. On m'a mentie, tout ma vie durant.

Vous m'aviez dit que j'étais particulièrement douée, que c'était inné, chez moi, que Dieu guidait mes mains et que mon art serait un jour reconnu. Mais c'est faux, c'est un mensonge, j'ai été trahie. Des filles comme ça, des doigts comme ça, il y en a des dizaines, et même de mieux vernis !
Mais s'il n'y avait que ça ! Vous m'aviez promis que j'étais intelligente, que je n'aurai jamais aucune difficulté à l'école et que je réussirai sans problème. Vous m'avez promise à polytechnique sans aucun scrupule. Vous m'avez fait miroiter un or que moi, pauvre étain graissé, je ne serai jamais. Vous m'avez trompée ! Réussir ? Mais oui ! Pourquoi suis-je en échec, aujourd'hui alors ?
Trompée encore quand on m'a dit que je n'étais pas grosse, que j'étais belle. Pourquoi est-ce que j'étais la Seule à déborder de mon maillot de bain, à la piscine ? Pourquoi il n'y avait que moi ? Vous m'avez mentie en me disant qu'il fallait avoir confiance en les adultes, qu'ils étaient fiables. Je me serais bien passée de leurs étreintes.

On m'a trompée quand on m'a dit, plus que tout, que la vie était dure : c'est bien pire que ça.


Paranoïa. "Survivent les fous et les lâches."
Anorexie. "un squelette malgré tout ça ressemble encore un peu à un homme, c'est toujours plus pret à revivre que des cendres. Des cendres c'est fini !"

Alors de quoi vous plaignez vous. Dîtes-moi. Menteurs, scelerats. Je n'aurais pas signé pour une nouvelle vie, si j'avais su. Mais vous avez tout orchestré, tout prédit, de la plus petite coupure aux plus grands écarts ; vous avez pensé mes plaies pour qu'elles soient les plus profondes possibles, et réfléchis ma laideur pour que je ne puisse m'en détâcher.
Vous avez fait votre divertissement de ma hârgne à m'en sortir, et votre accomplissement de mes echecs successifs. Dîtes-moi que vous vous amusez, vous, au moins, que mon sang sur la neige vous émeut, et que les larmes dans mes yeux vous désaltèrent.

Joyeux festin que celui de ma douleur, je vous invite tous à la partager.
J'ai des tripes, il y en aura bien assez pour tout le monde.
Par Emmanorexie - Publié dans : mes réflexions
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Vendredi 22 janvier 2010 5 22 /01 /Jan /2010 20:58
La différence, entre replonger dans la dépression, et retomber en anorexie, c'est que la chute admet toujours une fin, toute interminable que soit la descente, tandis qu'avec le plongeon, les cheveux en cascade vers le soleil, comme une fine pélicule d'huile qui couvrirait la lumière, c'est la noyade assurée.

A trop se débattre, on développe une peur panique de l'eau. Et le second saut s'avère sans remontée possible.
Restez en apnée avec moi, je vous en supplie, je me sentirai moins seule, entre mon vocabulaire des accidents et celui des conditions météorologiques. Man Overboard.

Passer d'espoir déçu à déception amoureuse. Quelle statut tout nouvellement flatteur.
J'aurais bien voulu essayer, vouloir continuer, qu'importe la suite. Prendre plaisir aux querelles et lêcher les insultes sur mon visage, prendre les gliffles comme des caresses et me glisser avec empressement sous les coups. Lever mon verre pour l'anniversaire du viol et faire de grands sourirs. Jouer à cache-cache dans l'appartement, et suivre les tâches de sang - trop, trop, trop, TROP facile. Rester enfermées des jours durant et tirer sur le policier du quartier en restant cachées derrières les pots de fleur. Tomber folle dans tes bras, tomber des nues en te retrouvant nouée à un autre. Faire des sculptures en papier alluminium et rouler des cigarettes en découpant le rideau de douche. J'aurais bien voulu essayer.
Mais il faut croire que je suis devenue trop fière. Il faut bien le croire. Tu as du me répeter trop souvent que j'avais plus de valeur que je ne le pensais. Ca a fini par se retourner contre toi.
Ce que j'en retire, de toute cette histoire ?
Maintenant, mon prénom, je l'écris avec une majuscule. La Merde.
J'ai toute confiance en moi. Les actrices porno ont des démarches assurées de femmes qui ont réussi. J'aurais tort de ne pas en profiter.
Par Emmanorexie - Publié dans : mon quotidien
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